Adieu Ralph Baer, le papa de la première console de jeux

Né en 1922 en Alle­magne, Ralph Baer fuit son pays en 1938 pour s’installer à New-York. Tout en tra­vail­lant pour sub­venir aux besoins de sa famille, il étudie et finit par décrocher le tout pre­mier diplôme d’ingénieur en télévi­sion en 1949.

Le 1er sep­tem­bre 1966, il réflé­chit sur papi­er à son idée de jeu sur téléviseur, en imag­i­nant un boîti­er élec­tron­ique se rat­tachant au téléviseur, esquisse d’une con­sole de jeu vidéo. Il crée avec l’aide de Bob Trem­blay, un des ingénieurs de l’équipe, un pre­mier pro­to­type per­me­t­tant d’afficher un rec­tan­gle de taille et de couleur vari­ables. À ce stade, aucun jeu n’est conçu. Très vite, un sec­ond pro­to­type est mis au point util­isant deux car­rés générés par des cir­cuits sim­i­laires à ceux du pre­mier pro­to­type. Le pre­mier jeu vidéo était né : Chase Game, où un joueur pour­chas­se l’autre, qui dis­paraît lors d’une col­li­sion (un peu dans le même genre que Pac-Man). Amusée par le jeu, la direc­tion ne s’oppose pas au pro­jet et demande à l’équipe d’améliorer le pro­to­type. Ce pro­jet, totale­ment en dehors du domaine de défense mil­i­taire de Sanders Asso­ciates, reste con­nu des seules per­son­nes con­cernées.

Ralph Baer améliore le pro­to­type en y ajoutant un pis­to­let pho­to­sen­si­ble per­me­t­tant de tir­er sur l’adversaire, prémisse d’un acces­soire de jeu vidéo réu­til­isé sur beau­coup de con­soles par la suite. D’autres jeux sont mis au point. Le pro­to­type est déjà très avancé : il génère des jeux en couleurs, utilise un mag­né­to­phone à cas­sette pour don­ner les instruc­tions via le haut-par­leur du téléviseur, et utilise même des joy­sticks. Seule­ment, le pro­to­type coûte 75 dol­lars à la fab­ri­ca­tion : l’équipe était con­trainte à en faire une ver­sion (très) allégée : le troisième pro­to­type.

Le troisième pro­to­type ne per­met de jouer qu’à Chase Game et aux jeux de tir. D’abord en noir et blanc, il est rapi­de­ment remis en couleurs. Mais il manque quelque chose d’attractif. C’est alors que Bill Rusch, ingénieur créatif, rejoint le pro­jet. Il pro­pose alors un troisième car­ré, non pas con­trôlé par un joueur, mais par la machine. Le con­cept du jeu de Ten­nis est immé­di­ate­ment pro­posée par Bill Rusch fin 1967 et un qua­trième pro­to­type est alors con­stru­it. En même temps, Ralph Baer pro­pose un con­cept révo­lu­tion­naire: jouer à des jeux via le réseau de télévi­sion câblé afin de béné­fici­er de décors filmés par caméra, de joueurs virtuels générés élec­tron­ique­ment, et même d’obstacles. Ralph Baer étudie l’idée avec une caméra, mais la tech­nolo­gie employée par Bill Rusch n’est pas sta­ble. Entre temps, l’équipe tra­vaille sur un cinquième pro­to­type, qui est en fait une exten­sion du qua­trième visant à trans­former le jeu de Ten­nis en jeu de Hock­ey avec une sim­u­la­tion de glisse du car­ré représen­tant la balle et le palet. Cette exten­sion ne fonc­tion­nera jamais.

Le pro­to­type de jeux sur réseau câblé est mon­tré en 1968 à Teleprompter, mais le pro­jet meurt à la suite de la grande fail­lite des opéra­teurs de l’époque. Face au suc­cès cer­tain du jeu de Ten­nis et de ses dérivés, l’équipe se con­cen­tre sur une ver­sion cor­rigée du qua­trième pro­to­type, en util­isant les cir­cuits de base du troisième. Le six­ième pro­to­type est né: il joue à Chase Game, Ten­nis, Vol­ley­ball, Hand­ball, quelques vari­antes et aux jeux de tir. À ce stade, l’équipe pou­vait par­faite­ment com­mer­cialis­er ce pro­to­type. Mais les ingénieurs aimant ajouter un com­posant par-ci et un autre par-là afin d’ajouter un jeu ou un effet visuel, l’équipe se lance sur un sep­tième pro­to­type: la Brown Box.

La Brown Box utilise un ensem­ble d’interrupteurs (switchs) qui con­fig­urent les cir­cuits internes de la machine afin de déter­min­er les objets à affich­er, la couleur de fond, et l’interaction entre les joueurs et la balle. L’équipe se penche à nou­veau sur le jeu de hock­ey, et fab­rique un huitième pro­to­type, équiv­a­lent du cinquième, qui ne fonc­tion­nera pas lui non plus.

Fin 1968, Sanders Asso­ciates décide de com­mer­cialis­er la Brown Box et con­tacte plusieurs fab­ri­cants de téléviseurs pour pro­pos­er une licence du con­cept. La plu­part refusent. Un accord est pra­tique­ment signé avec Gen­er­al Elec­tric. Puis, RCA s’intéresse au pro­jet, signe un pre­mier con­trat, qui est finale­ment annulé en 1970. C’est alors que Mag­navox s’intéresse au pro­jet. Entre temps, un ingénieur de chez RCA qui avait com­pris l’enjeu du pro­jet, était passé chez Mag­navox. Après de longues négo­ci­a­tions, Mag­navox signe une licence exclu­sive et devient le pre­mier fab­ri­cant de jeux vidéo au monde.

En mai 1972, la pre­mière con­sole de jeux est annon­cée au pub­lic : l’Odyssey (mod­èle 1TL200). La pro­duc­tion démar­rera véri­ta­ble­ment durant le dernier trimestre de 1972. Finale­ment, plus de 340 000 con­soles Odyssey seront ven­dues jusqu’à 1975, où des mod­èles sim­pli­fiés la rem­pla­cent : l’Odyssey 100 et 200.

L’Odyssey a été mon­trée au pub­lic les 24 et 25 mai 1972 à la Mag­navox Prof­it Car­a­van. Nolan Bush­nell et quelques employés de Nut­ting Asso­ti­ates, où il tra­vaille, jouent au Ten­nis et sig­nent le livre d’or. Il crée alors Atari. Fin 1972, il met au point le pre­mier jeu d’arcade à suc­cès : Pong. Atari sera plus tard attaqué par Mag­navox pour ne pas avoir acheté sa licence. Nolan Bush­nell décide alors de pay­er la licence ain­si que les roy­al­ties dues, ce qui met fin au procès.

Par la suite, Ralph Baer aide Cole­co à créer leur Cole­co Tel­star et leur vend le principe de son Vid-Kid. Il invente égale­ment le jeu élec­tron­ique Simon en 1978.

Bien que son activ­ité soit en grande par­tie axée autour du jeu vidéo, Ralph Baer est avant tout un inven­teur.

Ces dernières années, il con­tin­u­ait de tra­vailler dans son ate­lier comme on peut le voir dans cette vidéo:

Ralph est mort dans la nuit du 6 au 7 décem­bre. Il avait 92 ans. Paix à son âme.

 

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