Le retour en numérique du Livre dont vous êtes le héro ?

Nous en par­lions il y a quelques mois avec  un arti­cle con­sacré au jeu Life­line, ain­si qu’un arti­cle sur les livres dont vous êtes le héro ou sur les jeux textuels en général. il y a eu aus­si ce jeu, Leon Cool Game, qui traite aus­si du sujet. Tout cela pour dire que les jeux dits “textuels” n’ont pas dit leur dernier mot. Et pour preuve: Joe Dev­er, l’auteur de la série culte Loup Soli­taire, a pour­suivi l’écri­t­ure de nou­veaux livres tout en creu­sant en par­al­lèle l’u­nivers de la série sur iPad puis sur mobile. Lone Wolf, édité par la société Bulkyp­ix, est un mélange de textes, pour faire évoluer l’his­toire, et de jeu vidéo pour les séquences de ren­con­tres ou de com­bat, explique Thomas Roesch, de l’as­so­ci­a­tion Scrip­tar­i­um, qui a par­ticipé à la tra­duc­tion et à l’adap­ta­tion de cette série.

Qua­tre épisodes sont déjà disponibles:

D’une cer­taine façon, cela me fait penser à Heros of Might and Mag­ic et tous les titres sim­i­laires comme King Boun­ty. Sauf que dans ces derniers, le scé­nario arrive un peu comme un pré­texte aux com­bats en tour par tour.

Steve Jack­son, autre star du genre et auteur de la série Sor­cery!, a lui aus­si décliné son univers sur les plate­formes mobiles. Il s’ag­it dans ce cas de sim­ples adap­ta­tions de livres de la série, détaille Thomas Roesch, avec cepen­dant de légères mod­i­fi­ca­tions du scé­nario ini­tial mais peu de séquences de jeu vidéo. L’ap­port prin­ci­pal de cette ver­sion est de per­me­t­tre au joueur de se déplac­er sur la carte de la région imag­i­naire, comme le mon­tre cette vidéo:

Pour le moment, l’évo­lu­tion tech­nique des livre-jeux est restée can­ton­née aux univers et aux grands auteurs de l’âge d’or. Mais en mars, le groupe d’édition Hachette a annon­cé qu’il tra­vail­lait sur un pro­jet de livre-jeu numérique inspiré du jeu vidéo à suc­cès pour mobile New Star Soc­cer.

Game­book Store, mai­son d’édition numérique française,  pro­po­sait déjà en 2013 une appli­ca­tion e‑books disponible sur l’AppStore avec pas moins de 7 livres-jeux dif­férents dès sa sor­tie et deux nou­velles aven­tures chaque mois, dans des univers éclec­tiques : sci­ences fic­tion, vam­pires, roman his­torique, sor­ci­er, fan­ta­sy, etc.

Ouais, c’est un peu bizarre quand même… le coup avec la nana sur le banc d’à coté…

Il y a donc des ten­ta­tives plus ou moins timides de renouer avec le genre… on sent qu’il y a comme une demande de la part des joueurs de sor­tir du cer­cle des jeux mag­nifiques visuelle­ment, mais lais­sant si peu de place à l’imag­i­na­tion.

Alors pour ma part, j’ai essayé de relire quelques livres dont vous êtes le héro qui ont bercé mon enfance… et si le coté “aven­ture” m’at­tire tou­jours autant, j’ai été déçu par deux élé­ments:

  • Le style est rapi­de — on ne s’é­tend pas en descrip­tion, les per­son­nages ont peu de pro­fondeur.… Bref, ce sont des livres pour enfants pour la plu­part, c’est nor­mal ! Oui, je viens de m’en ren­dre compte: on a sac­ri­fié l’his­toire à l’ac­tion !
  • C’est com­pliqué: un ou plusieurs dés, des grilles… trop de hasard… on meurt vite quand même. C’est aus­si un peu à l’im­age des jeux comme “Alone in The Dark” ou le héro pou­vait tomber dans un trou et … mourir… Pas de mise en garde, hop tu recom­mences !

LivresDontVousEtesLeHeros

 

Alors la ques­tion qui me taraude encore, c’est “est-il pos­si­ble aujour­d’hui de sor­tir un nou­veau jeu vidéo, prin­ci­pale­ment textuel, et qui puisse encore trou­ver un pub­lic” ? La réponse a été don­née par Life­Line qui a ren­con­tré un cer­tain suc­cès puisque ses créa­teurs ont décidé de lui don­ner une suite. Mais per­son­nelle­ment, je n’ai pas été pleine­ment con­va­in­cu. C’est une expéri­ence à vivre, au moins une fois, mais je ne jouerai pas au suiv­ant par exem­ple .

Nous sommes en pleine ère VR — c’est un peu l’a­pogée du “visuel” — et pour­tant, j’avoue que ce coté “aven­tures textuelles” me manque encore. J’aimerais bien trou­ver un mixte des deux, mais je n’ai pas la moin­dre idée de la forme que tout cela pour­rait pren­dre. Il faudrait ren­dre aux scé­nar­istes le pou­voir de créa­tion qu’ils avaient dans leur livre, mais sans avoir besoin de 200 graphistes pen­dant 2 ans…

La 3D et le virtuel, au delà du titre indie qui don­nera une expéri­ence par­ti­c­ulière sans for­cé­ment sor­tir les grands moyens, vont encore pouss­er un peu plus loin les bud­gets néces­saires à la con­cep­tion de grands titres de jeux vidéo. Les casques de réal­ité virtuelle vont aus­si amen­er leur série de jeux à choix mul­ti­ples avec des vidéos à 360°, sortes de MystVR… d’ailleurs on com­mence à trou­ver un tas de titres de ce style sur les mar­ket­places asso­ciés.

Impos­si­ble pour ma part de savoir si ce que je ressens, c’est le vent d’une nou­veauté à paraitre, d’une oppor­tu­nité vidéoludique… ou juste de la nos­tal­gie. Peut-être aus­si l’en­vie d’écrire des romans, mais en util­isant mes con­nais­sances du monde du jeu vidéo, pour ren­dre les his­toires plus inter­ac­tives…

Alors, je vais con­tin­uer à y penser et nous en repar­lerons cer­taine­ment. Et si j’ai une bonne idée, peut-être que je la met­trai en appli­ca­tion, mais pour l’in­stant… ça ne me vient pas 🙂

Source: Arti­cle sur slate.fr

 

12 réflexions sur « Le retour en numérique du Livre dont vous êtes le héro ? »

  1. Oui, la prochaine fois que je passe quelques jours sur Paris, je te fais signe et on s’or­gan­ise ça — et puis ça per­me­t­tra de faire con­nais­sance ! 🙂

  2. Héhé, salut Denis, con­tent que ta fille les appré­cie à son tour.
    Livre/Jeu, Jeu/Livre… dis­ons que c’est un peu des deux. Si tu prends Loup Soli­taire par exem­ple, il faut sou­vent sor­tir les dés, et les grilles asso­ciées… Et ça fait bien par­tie de la démarche sinon on finit très rapi­de­ment. Est-ce qu’un Myst est encore un jeu égale­ment ? C’est artis­tique, c’est de l’ex­plo­ration… et un Life­Line, un livre ou jeu ? Bon, peu importe la façon dont on l’ap­pelle, l’im­por­tant, c’est que c’est peut-être trans­généra­tionnel. C’est vrai que les jeunes généra­tions lisent moins sur papi­er… et peut-être aus­si tout court. Moins de temps ? Moins d’en­vie ? Des choix moins intéres­sant ? Trop de TV, de con­sole et de mobile ? Tout ça un peu prob­a­ble­ment…

  3. Salut Greg, ça va ? 🙂
    Pour ma part, j’ai gardé mes vieux livres dont vous êtes le héros et les ai don­nés à ma fille de 12 ans. Elle se régale avec cela. Bon elle triche un peu comme moi je le fai­sais en notant les pages et en faisant comme si le tirage des dés lui était très / trop sou­vent favor­able mais elle s’a­muse bien.
    Ca reste pour moi plus un livre pour lire et non pour jouer. Et ça fait boss­er l’imag­i­na­tion. Tu es encore plus dans le per­son­nage puisque tu fais des choix qui influ­en­cent l’his­toire mais cela reste fon­da­men­tale­ment un livre et non un jeu vidéo.

  4. Si à l’oc­ca­sion tu montes vers Paris, et que tu as une soirée/journée à per­dre on se fera ça.
    A moins qu’on s’or­gan­ise une ren­con­tre spé­ci­fique­ment pour ça (ou du moins ce genre de choses). 🙂

  5. Peut-être a t‑on poussé trop loin le réal­isme. L’évo­lu­tion con­siste peut-être à faire moins bien ? Pourquoi le retro est-il si à la mode ? C’est peut-être parce qu’un per­son­nage “8 bits” ne donne qu’une forme générale et que notre esprit imag­ine le reste… Il y a eu la mode du cell shad­ing aus­si… peut-être une autre forme aus­si de retour à l’imag­i­naire ?
    Video kills the radio stars ? Mais en même temps, la radio existe tou­jours… Autre lieu, autre mode d’é­coute, autre façon de fer­mer les yeux et d’é­couter… Avec la VR, il y a quelque chose à faire, je l’ai sur le bout de la langue, mais ça veut pas sor­tir 😉

  6. Le prin­ci­pal ajout que je ver­rai c’est le son ; des bruits d’am­biance pour illus­tr­er la scène en cours.
    Si on met des images, je met­trais des illus­tra­tions par­tielle­ment ani­mées.
    Pour repren­dre l’im­age de la rue marchande ani­mée (et non “aimée”), ça don­nerait par exem­ple un brouha­ha de rue et l’im­age de la rue avec des drapés volant au vent.
    Pour les com­bats, une vue sur l’ad­ver­saire, quelques infos visuelles ponctuelles pour affich­er les dégâts don­nés et reçus, la saisie du résul­tat d’un jet de dés ou le tirage automa­tique, le suivi des points de vies, l’ac­cès à l’in­ven­taire.
    S’il faut aller plus loin ça devient à mes yeux un jeu vidéo trop bâtard.

    En ce qui con­cerne une ver­sion mul­ti­joueur, j’ai à ma dis­po­si­tion des sortes de LDVELH basés sur Don­jons & Drag­ons, qui se pra­tiquent à deux. C’est donc fais­able de jouer à plusieurs.
    l fau­dra qu’on essai ça à l’oc­ca­sion. 🙂

    Ce qui peut être intéres­sant aus­si c’est un ver­sion live où c’est les spec­ta­teurs qui choi­sis­sent le chapitre suiv­ant via le chat…

  7. > y‑a peut-être quelque chose à inven­ter ou réin­ven­ter ici.

    Comme tu le notes dans ton arti­cle, des ten­ta­tives exis­tent: c’est le cas de Sor­cery! par exem­ple, qui enrobe les descrip­tions textuelles dans une carte inter­ac­tive, rem­place les com­bats aux dés par une inter­face spé­ciale, etc.

    Mais le texte dans le jeu vidéo me rap­pelle aus­si Fall­out 1 et 2, qui con­te­naient tous deux une sorte de pan­neau “descrip­tions du MJ” en bas à gauche, affichant une ligne ou deux selon l’ob­jet pointé à la souris. Par exem­ple, si je pointe un lit (l’as­set 2D de ce lit est bien sûr iden­tique dans tout le jeu, mais la descrip­tion change pour chaque instance), j’avais une descrip­tion détail­lée d’à quel point “ce lit était miteux, sale et présen­tait des preuves man­i­festes que quelqu’un dor­mait quand même dedans” (exem­ple one-shot). Ce genre de détail n’est pas gérable, même avec un moteur de jeu dernier cri, et seule l’imag­i­na­tion du joueur, aidée par la descrip­tion détail­lée fournie par le jeu, peut la ren­dre véri­ta­ble­ment.

  8. C’est un peu le prob­lème de l’oeuf et la poule … mais refac­torisé : Les nou­veaux joueurs vont se plain­dre que l’oeuf n’a pas un gout de poule car ils ont tou­jours été habitué à manger de la poule. Et ceux qui ont con­nu le goût de l’oeuf, vont regret­ter de ne plus trou­ver que des poules sur le marché. Mais la solu­tion con­siste t‑elle dans ce cas à ne pro­pos­er que des poules, ou à pro­pos­er les deux en atten­dant que les petits jeunes trou­vent de l’in­térêt à gouter un oeuf de temps en temps ? 😉
    En fait, je n’en sais rien… peut-être que c’est fini le temps du textuel, mais dans ce cas, on a rien trou­vé pour stim­uler mieux l’imag­i­na­tion… y‑a peut-être quelque chose à inven­ter ou réin­ven­ter ici.

  9. Mal­heureuse­ment, je doute que cette forme de présen­ta­tion plaise autant que ça aux joueurs d’au­jour­d’hui. Je pense qu’en deçà d’un cer­tain âge, les joueurs n’ont pas envie de lire du tout dans un jeu vidéo. Vous n’avez qu’à regarder des Let’s Play de jeux ver­beux (genre Mor­rowind) par des joueurs jeunes ou dont ce n’est pas le genre favori, ils vont cli­quer à toute vitesse pour pass­er ces blocs de texte qui font peur!

    Du coup, on se retrou­ve avec le dou­ble effet kiss-cool pour ce genre de joueurs : non seule­ment ils vont se plain­dre qu’il y a trop de texte, mais aus­si que le jeu est trop pau­vre en graphismes, nor­mal puisque ces derniers sont en quelque sorte rem­placés par le texte !

    Cela me fait du coup penser que le jeu vidéo se prête de moins en moins à laiss­er par­ler l’imag­i­na­tion du joueur, car si l’au­teur l’u­tilise, la cri­tique sera portée sur le manque de tra­vail. Même plusieurs années en arrière, des graphismes qui nous parais­sent “sim­ples” aujour­d’hui fer­maient la porte à l’imag­i­na­tion. Un bon exem­ple ici serait Prince of Per­sia, ou l’ex­cel­lent Anoth­er World.

  10. Entière­ment d’ac­cord avec toi, je me demande juste s’il est pos­si­ble de faire évoluer ce média pour le réac­tu­alis­er, sans trop per­dre le coté imag­i­naire. Exem­ple: l’au­toma­ti­sa­tion des com­bats, déplace­ments sur la carte, mise en con­tact avec de vrais joueurs (et pas de sim­ples PNJ), évo­lu­tion en temps-réel de l’ar­bre des quêtes par les développeurs, etc.

  11. L’a­van­tage du texte, c’est de laiss­er place à l’imag­i­na­tion. C’est la même chose pour le jeu de rôle (sur table).
    Si je te dis que “tu te promènes dans une rue marchande médié­vale aimée aux étals bigar­rés”, tu as sure­ment plein d’im­ages qui te vien­nent en tête, et je n’ai guère besoin d’en dire plus.
    Dans un jeu vidéo, on pour­ra facile­ment être déçu par la qual­ité des graphismes, la con­struc­tion des décors, l’an­i­ma­tion des per­son­nages, etc. Et même si tout était par­faite­ment réal­isé, ce n’est pas for­cé­ment ain­si qu’on aurait imag­iné les choses. Tout autant de détails qui gâcheront l’im­mer­sion.
    En ça, le livre, dont vous êtes le héros ou pas, à encore un long avenir devant lui, du moins pour ceux qui ont de l’imag­i­na­tion.

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