Nouvelle: “Mon réveil cryogénique”

Lorsque j’ai ouvert les yeux, la pre­mière chose qui m’a frap­pée fut la lumière qui rég­nait dans la pièce. Je ne dis­tin­guais aucune lampe, mais il y avait comme une source de lumière omniprésente dans la pièce qui fai­sait comme une sorte de halo autour des objets. Je suis resté là à con­tem­pler un une sorte de cadre où défi­laient tout un tas d’images reposantes, de nature et d’animaux. Je ne savais pas où j’étais, mais étrange­ment, je n’étais pas inqui­et. D’ailleurs, je me sen­tais dans une forme olympique – je ne me rap­pelle pas avoir sen­ti cela depuis au moins 50 ans ! Puis soudain, un sou­venir me revint à l’esprit. Il me sem­ble qu’hier j’ai ressen­ti une brusque douleur dans la poitrine – c’était hor­ri­ble, j’ai cru que j’allais mourir en peignoir en sor­tant des toi­lettes ! Que m’est-il arrivé ? ça ne ressem­ble pas à un hôpi­tal ici ! Pas de per­fu­sion, je com­mençais à me redress­er quand quelqu’un entra dans ce qui ressem­blait à une cham­bre d’hôtel. C’était une jeune femme mag­nifique, pétil­lante, elle me souri­ait – sur le coup, je me suis dit qu’elle devait être drôle­ment gen­tille de sourire à un vieil­lard de 85 ans tout fripé. Elle s’adressa à moi en ces ter­mes :

« — Bon­jour mon­sieur Gos­sellin. Je m’appelle Jeanne. Est-ce que vous savez où vous êtes ? »

Je lui racon­tai que ce qui m’était arrivé la veille puis elle reprit :

« — En effet, vous avez eu un infarc­tus. Les équipes de sec­ours sont arrivées sur les lieux le plus rapi­de­ment et ont trou­vé sur vous un bracelet. Pou­vez-vous me dire à quoi il cor­re­spond ?

  • Bien sûr. Mais de nom­breuses per­son­nes en por­tent un, nous sommes quand même en 2060 ! Vous sortez d’où jeune fille ? Je suis vieux, mais quand même pas sénile ! »

  • Oh, vous savez, je ne me per­me­t­trai pas de juger, je suis plus vieille que je ne parais !

  • C’est un bracelet de Cry­onie par­di ! Il vous per­met d’indiquer aux ser­vices de sec­ours que vous avez opté pour la cryo­géni­sa­tion à votre mort.

  • Oui, cela vous a même sauvé la vie…

  • Que voulez-vous dire ?

  • Tenez, je vais vous aider à vous lever. »

Elle m’aida à me lever du lit, j’étais en forme mais un peu grogu­is, peut-être un cock­tail de drogues qu’on m’a admin­istré, ou bien l’effet de l’infarctus. Si ça me met en forme comme cela, je veux bien en faire un tous les jours. Elle m’approcha du mur qui soudain devint trans­par­ent. Ah ces tech­nolo­gies mod­ernes, on n’arrête pas le pro­grès, j’en équiperais bien ma mai­son de fenêtres telles que celles-ci. Une lumière aveuglante rég­nait à l’extérieur, puis mes yeux dis­tin­guèrent un paysage totale­ment étrange, mer­veilleux – mais où est-ce que j’étais tombé ? J’ai encore du mal aujourd’hui) décrire la sen­sa­tion que j’ai ressen­ti, comme Alice entrant dans le ter­ri­er du lapin blanc. Le spec­ta­cle que je décou­vris me coupa le souf­fle – je me tour­nais tout de suite vers la coquine qui devait me faire une farce et me mon­tr­er les images d’un film, mais elle se con­tenta de me regarder en souri­ant, puis avant que je ne puisse la ques­tion­ner, elle me dit :

« — Mag­nifique n’est-ce pas. Toute la cité est con­stru­ite autour de la végé­ta­tion. Ces immenses arbres que vous voyez là arbi­trent des mil­liers de per­son­nes. Ils poussent si haut qu’il est impos­si­ble de dis­tinguer cor­recte­ment le bas de la cité. »

Mon esprit se refu­sait à com­pren­dre l’évidence de la sit­u­a­tion. J’argumentais sans trop y croire :

« — Vous vous moquez de moi. Mais où sommes-nous ? J’ai été cap­turé par des extrater­restres ? »

Puis vint le moment de vérité où elle m’expliqua que le 4 juil­let 2060, je me suis éteint à l’âge de 85 ans. Les équipes n’ont pas réus­si à me réanimer. Sur le coup, j’ai pen­sé que j’étais mort et que le Par­adis exis­tait bel et bien. Mais elle m’expliqua très rapi­de­ment que mes souhaits post-mortem avaient été cor­recte­ment et scrupuleuse­ment suiv­is. On avait très rapi­de­ment refroi­di mon corps afin que les équipes de Cry­onie puis­sent inter­venir dans les meilleures con­di­tions. Mon réveil avait été plan­i­fié pour 2560 car la cryo­géni­sa­tion avait été réal­isée dans d’excellentes con­di­tions. Les pre­miers cryos ont été réveil­lés dès le 24ième siè­cle pour des raisons expéri­men­tales. Un pro­gramme avait mis en place pour accom­pa­g­n­er les pre­miers cryos. La pre­mière idée avait été de les met­tre en quar­an­taine pour des raisons médi­cales, mais aus­si dans un envi­ron­nement recon­sti­tué juste pour eux afin qu’ils puis­sent pren­dre le temps d’intégrer tous les change­ments de la société. En effet, l’humanité avait pro­gressé de façon si expo­nen­tielle en quelques siè­cles qu’on pen­sait que le cry­onaute serait trop désori­en­té à son réveil. Finale­ment, cette étape s’est avérée inutile et il est main­tenant con­seil­lé d’informer assez rapi­de­ment le cry­onaute sur sa con­di­tion et sur le monde dans lequel il vient de renaitre.

J’écoutais son expli­ca­tion avec un cer­tain détache­ment, mes yeux restaient fixés sur ces étranges insectes volants qui sem­blaient se déplac­er dans tous les sens sans aucune dif­fi­culté. C’était étrange, car les gens sem­blaient vol­er dans les airs, mais n’avaient pas de propulseur ou d’autre tech­nolo­gie du même acabit. Ma for­ma­tion d’ingénieur ori­en­tait tou­jours mes obser­va­tions et au lieu de m’émerveiller sur la beauté de ce monde, j’essayais de com­pren­dre com­ment tout cela est pos­si­ble. Il y avait des mil­liers de per­son­nes, cer­taines en groupe, d’autres jouaient à des jeux étranges. Ce qui me sur­pris ce fut l’âge moyen des gens qui sem­blait être d’environ 25 ans. Il y avait quelques per­son­nes âges, mais c’était très rare…

Tout d’un coup je réal­i­sais vrai­ment que l’on m’avait réveil­lé après 500 longues années. Mais la pen­sée qui sur­git dans mon esprit fut « Et ma femme ? Est-elle des nôtres ? ». Prob­a­ble­ment en voy­ant la panique sur mon vis­age, mélangée à un fan­tas­tique espoir, La réponse ne se fit pas atten­dre :

« — Ne vous inquiétez pas mon­sieur Gos­sellin. Elle n’est pas présente aujourd’hui pour votre réveil et nous en sommes désolés. Mais vous la ver­rez prochaine­ment.

  • Est-ce qu’elle va bien ?

  • Oui, mais elle est plus âgée que vous et il lui faut un peu plus de temps

  • Ma chérie… com­ment va-t-elle ? Com­bi­en de temps m’a‑t-elle atten­due dans la soli­tude du deuil ?

  • Quelques années, ne vous inquiétez pas, mais atten­dez-vous quand même à un change­ment…

  • Que voulez-vous dire ? »

Soudain, elle invo­qua un miroir et le mur-vit­re devint réfléchissant. Ce que j’avais en face de moi était stupé­fi­ant. Je me ras­sis sur le lit immé­di­ate­ment car mes jambes m’avaient lâchées… mes jambes qui hier ne me sup­por­t­aient presque plus… aujourd’hui, elles pour­raient me faire courir un marathon. L’image que me ren­voy­ait le miroir était celle d’un jeune homme d’une trentaine d’années… c’était moi comme dans mes sou­venirs, comme sur mes pho­tos… je bre­douil­lais… elle me dit :

« — Comme votre souhait était de revenir dans un corps jeune, dans votre corps, notre monde a atten­du de maitris­er cette tech­nolo­gie avant de vous réveiller. J’étais comme vous, vous savez… D’ailleurs, il fau­dra vous atten­dre à des change­ments stupé­fi­ants. Il vous fau­dra appren­dre la nou­velle langue du monde…

  • Mais vous, vous me com­prenez, vous par­lez ma langue !

  • Oui, je ne me suis pas présen­tée com­plète­ment, peut-être me con­nais­sez-vous – je suis Jeanne Cal­ment… »

calment-CI

J’étais éber­lué ! Com­ment Jeanne cal­ment, morte un demi-siè­cle avant moi pou­vait être aujourd’hui devant moi… je bre­douil­lais :

« — Mais…. Mais com­ment est-ce pos­si­ble. Je suis désolé, c’est un hon­neur de vous ren­con­tr­er… vous ètes restées la doyenne des français si longtemps. Vous…. Vous étiez un mod­èle pour nous tous, par votre dynamisme, votre générosité…

  • Vous savez, ce monde a vrai­ment fait des pro­grès fab­uleux. Je n’avais pas opté pour la cry­onie — à mon époque c’était peu courant. Mais un con­fi­dent m’en avait par­lé quelques mois avant ma mort… enfin, avant la mort de l’autre Jeanne…

  • [ je voulais par­ler, mais rien de sor­tais]

  • Il m’avait dit ‘si un jour je pou­vais te faire revenir en prenant juste un petit échan­til­lon de toi, est-ce que tu serais d’accord ?’. Il expli­qua à Jeanne le fonc­tion­nement : il me prél­e­vait un échan­til­lon d’ADN et il serait con­servé par cry­onie. La Jeanne de l’époque avait trou­vé cela un peu fou, mais amu­sant et avait dit ‘pourquoi pas’. Aujourd’hui, il est pos­si­ble de de clon­er un être humain de façon par­faite à par­tir d’un tout petit échan­til­lon d’ADN.

  • Mais com­ment pou­vez-vous con­naitre aus­si bien mon siè­cle ?

  • Petite, on m’a expliqué toute l’histoire. J’avais déjà enten­du par­ler de cela, mais je ne savais pas que c’était mon cas. J’avais envie d’en savoir plus sur qui était Jeanne, sa vie… j’ai étudié scrupuleuse­ment, comme quelqu’un qui a per­du la mémoire, et bien qu’aujourd’hui je sois quelqu’un de dif­férent de la jeanne de l’époque, elle m’a servi de mod­èle par son courage et son espiè­g­lerie. Je suis heureuse qu’elle ait fait ce choix.

  • Ca explique pourquoi tout le monde est jeune… mais ces per­son­ne âgées qui sont là bas ?

  • Quand nous avons décou­vert com­ment arrêter le proces­sus du vieil­lisse­ment, cela a pro­duit… com­ment dire… d’assez gros boule­verse­ments dans le monde. Les gens venaient tou­jours plus nom­breux pour savoir quand la tech­nolo­gie serait disponible au plus grand nom­bre, même si la Cry­onie était déjà un ser­vice de l’état.

  • Vous voulez dire que tout le monde se cry­onise actuelle­ment ?

  • Non, mais une majorité la fait par le passé, avant que la tech­nolo­gie du raje­u­nisse­ment ne soit disponible pour tous … et bien enten­du que la Terre soit capa­ble d’accepter un nom­bre tou­jours crois­sant de per­son­nes.

  • Oui… nous avons sou­vent dis­cuté de cela avec le groupe d’amis qui a opté pour la cry­onie à la même époque… on se dis­ait qu’il y aurait des solu­tions avec la coloni­sa­tion de l’espace.

  • [Elle me fit un grand sourire] Oui, vous étiez déjà un grand rêveur, on m’a par­lé de vous… Cela n’a pas été sim­ple tout de suite : il y avait la reli­gion d’un côté, il y avait d’ailleurs de sérieux opposants… Longtemps cela a été perçu comme un sac­rilège, pire que l’avortement… Des cen­tres de Cry­onie ont été assiégés… beau­coup de vies ont été per­dues… heureuse­ment que les ADN avaient été préservés ailleurs. Bref, l’humanité a mis 2 siè­cles avant de pou­voir colonis­er une planète aus­si accueil­lante que la Terre, ce fut Ter­ra 2 à 7.9 années lumières. Nous avons tout d’abord du maitris­er la tech­nolo­gie des trous de verre… Main­tenant, nous pou­vons pli­er l’espace à loisir ! Vous croyez d’ailleurs être sur Terre ? Non, vous êtes sur Terra8, vous en appren­drez un peu plus sur cette planète lors de votre sémi­naire de for­ma­tion. Mais c’est une planète minus­cule, la grav­ité est si faible que c’est un champ de force qui main­tient l’atmosphère. C’est pour cela que tout le monde vole dehors alors qu’ici la grav­ité est arti­fi­cielle. Remar­quez, sur Terre aus­si on vole grâce à de petits anneaux qui génèrent un champ d’antigravité. Mais je m’écarte du sujet. Vous pour­rez choisir avec votre com­pagne et vos amis la planète de votre choix, les fron­tières n’existent plus. Vous aurez un peu de mal à vous y habituer, mais la pro­priété n’existe plus non plus. On partage tout – vous trou­verez de quoi vous loger dans n’importe quelle méga­pole, tout est gra­tu­it – enfin presque. L’argent n’a pas totale­ment dis­paru, mais ça ne ressem­ble en rien à ce que vous con­nais­sez. Dis­ons que tout ce dont vous avez besoin est gra­tu­it, mais pour cer­tains chose plus par­ti­c­ulières, vous pou­vez gag­n­er des crédits en par­tic­i­pant aux grands plans de développe­ment de l’humanité ou tout sim­ple­ment en vous met­tant au ser­vice des autres. Vous com­pren­drez mieux au fur et à mesure…

  • L’argent n’existe plus – ça c’est un réel pro­grès… Et l’humanité colonise l’univers… donc pas de prob­lème de place !

  • Non, effec­tive­ment – d’ailleurs à nos échelles l’univers est très peu peu­plé. Nous sommes pas seuls, mais nous en repar­lerons plus tard. Il y a eu une époque où l’on par­lait de sur­pop­u­la­tion… c’est un con­cept incom­préhen­si­ble pour les gens actuelle­ment. Nos ressources, nos capac­ités de pro­duc­tion, notre énergie illim­itée, tout cela fait que chaque nou­velle nais­sance est une béné­dic­tion ! Les gens ont des enfants, mais cela devient assez rares. Les bébés nais­sent in vit­ro majori­taire­ment. Le con­cept de cou­ple a d’ailleurs un peu changé vous ver­rez… nous sommes une grande famille. Nous sommes un peu les par­ents de chaque enfants, mais chaque enfant a quand même un noy­au famil­ial qui s’occupe de lui, qui l’aime de façon incon­di­tion­nelle. Ce serait trop dif­fi­cile à vous expli­quer. Le con­cept de lib­erté a été éten­due les 2 derniers siè­cles. Il n’y a pas un gou­verne­ment mon­di­al comme a ten­té de met­tre en place un réseau d’influence du 21ième siè­cle… Tout cela a éclaté en une myr­i­ade de régions, de sous état… chaque état ayant ses pro­pres règles, mais l’ensemble forme tout de même un groupe homogène. Com­ment vous expli­quer cela ? Vous con­naissiez l’ancêtre de DeusNet… vous l’appeliez Inter­net. Il y a eu un con­cept nova­teur qui a été nom­mé le Peer to peer… la décen­tral­i­sa­tion des serveurs d’hébergement.

  • Jeanne vous êtes dev­enue une véri­ta­ble infor­mati­ci­enne…

  • Ce n’est pas faux, même si mes col­lègues par­leraient ici d’archéologie… veuillez m’excuser. Vous savez, j’ai 353 années ter­restres – avec toutes ces planètes le cal­cul est com­plexe, mais nous avons gardé l’ancien sys­tème basé sur le Terre. J’ai donc eu 353 ans pour me con­sacr­er à ma pas­sion, l’archéologie, con­naitre l’époque de la précé­dente Jeanne… donc c’est un peu nor­mal ! [Quelle femme belle et bril­lante pen­sais-je] Le Peer to Peer était à Inter­net ce que notre sys­tème de ges­tion poli­tique est à la poli­tique de votre époque. Per­son­ne ne détient un pou­voir impor­tant, et en même temps cha­cun est libre et respon­s­able de lui-même. Si les lois d’un état ne vous con­vi­en­nent pas, vous pou­vez aller dans un autre – c’est aus­si sim­ple. C’est devenu pos­si­ble grâce à nos ressources qua­si illim­itées, les voy­ages instan­ta­nés et tous ces espaces à con­quérir. Cha­cun aujourd’hui fait unique­ment ce qui lui plait et ce dont il a besoin pour s’épanouir. Le tra­vail existe tou­jours, mais c’est un choix qui n’est pas imposé par un besoin économique. Aucune per­son­ne ne dis­pose de grandes ressources de nos jours. Pour faire des choses extra­or­di­naires, il faut lancer des pro­jets extra­or­di­naires, réu­nir un cer­tain nom­bre de per­son­nes, et le sys­tème vous per­met de lancer l’opération. La seule chose qu’on ne puisse plus faire, c’est vouloir lancer de façon impérieuse un pro­jet de façon uni­latéral, sans le con­sen­te­ment d’un groupe. En cela, les lib­ertés ont un peu changé, mais il faut avouer que seule une minorité pou­vait jadis prof­iter des bonnes choses que l’humanité pro­po­sait et c’était très sou­vent une ques­tion de chance ou de nais­sance. En cela, nous avons bal­ayé l’injustice sociale. On ne pos­sède plus… on n’hérite plus. Tous les êtres sont égaux…

  • Et les ani­maux, j’en vois plein …

  • Les ani­maux ont acquis les mêmes droits que les êtres humains. Nous les con­nais­sons main­tenant beau­coup mieux. Au con­tact des hommes, les ani­maux sont devenus capa­bles de …. Dia­loguer, même si le terme n’est pas exact. Dis­ons que nous respec­tons d’avantage leurs choix et qu’ils suiv­ent leur pro­pre évo­lu­tion, à nos côtés. La plu­part des êtres humains sont amis avec de très nom­breux ani­maux. C’est peut-être dif­fi­cile à com­pren­dre pour vous…

  • Non pas du tout jeanne. Pas du tout [une larme vint à couler sur ma joue]. Et ma chi­enne ?

  • Zap va très bien, ne vous inquiétez pas. Nous l’avons pré­paré au réveil… elle a été réparée

  • Com­ment cela réparée ?

  • La tech­nique de vit­ri­fi­ca­tion de l’époque était rel­a­tive­ment au point, mais nous util­isons actuelle­ment des nanobots qui font quelques répa­ra­tions avant de mod­i­fi­er votre ADN pour vous libér­er du vieil­lisse­ment. Fini les vieilles thérapies géniques d’avant-guerre ! Oui, c’est vrai, vous n’avez pas con­nu la mise en stase telle qu’elle se pra­tique depuis main­tenant près de 4 siè­cles ! Nous util­isons aujourd’hui un champ de stase tem­porel. Cela a été per­mis par la tech­nique du pliage de l’espace. C’est encore utile lorsqu’on doit figer un patient atteint d’un mal incon­nu comme on en décou­vre chaque jour sur de nou­velles planètes. Avant cela, nous avons util­isé un champ stasique qui, d’une cer­tain façon, figeait tous les atom­es d’un corps ! Le corps sem­blait gelé au 0 absolu mais on pou­vait le dégel­er en une sec­onde. C’est assez proche du fonc­tion­nement des micro-ondes.

  • Je vais bien­tôt revoir Zap alors

  • Oui, ras­surez vous. Don­nez-vous un peu de temps avec votre com­pagne pour appren­dre à vivre par­mi nous et ensuite, nous vous ren­drons votre chi­enne.

  • C’est mer­veilleux… je n’aurais jamais imag­iné un tel bon­heur… mer­ci Jeanne, mer­ci d’être là, mer­ci d’être aus­si patiente avec moi…

  • C’est aus­si un hon­neur pour moi vous savez…

  • AH… et pourquoi, je n’ai jamais été quelqu’un d’exceptionnel – j’étais curieux de tout, j’ai touché à tout, mais je ne pense pas avoir mar­qué l’histoire par mes nou­velles ou mes inven­tions.

  • Ne vous sous-estimez pas – ce que vous avez réal­isé est hon­or­able. Mais vous faites par­tie égale­ment des tous pre­miers cry­onautes… les pre­miers vision­naires qui ont été capa­bles de s’affranchir des idées reçues, qui ont été capa­bles d’imaginer le monde d’aujourd’hui. Avec vos espoirs, vos visions, vous avez aidé le monde à devenir meilleur, à croire en sa des­tinée, en une époque de trou­bles où nom­breux avaient bais­sé les bras. Je me rap­pelle de votre essai sur la des­tinée de l’humanité. Vous aviez écrit qu’ « à défaut de Dieux pour nous guider comme par le passé, l’humanité dans son ado­les­cence devait se lever, point­er son doigt vers les cieux et pren­dre en main sa des­tinée. Si rien est écrit pour l’homme, alors c’est à lui de définir ce qu’il veut être demain ».

  • Ah oui, c’est vrai, j’ai écrit cela… à mon époque c’est passé inaperçu made­moi­selle. Euh par­don… vous êtes mon ainé, j’ai telle­ment eu l’habitude qu’on me traite comme une vieille per­son­ne, n’y voyez aucune con­de­scen­dance de ma part [Elle esquis­sa un sourire – elle était belle, mais encore plus de l’intérieur]. Vous avez par­lé de Guerre ?

  • On vous appren­dra tout cela dans le détail, il ne faut pas le voir de façon néga­tive. En 2098 a éclaté une guerre mon­di­ale…

  • Mais com­ment est-ce pos­si­ble ? Hier… enfin, je veux dire à ma … mort, enfin, ma mise en som­meil… le monde s’était doté d’un gou­verne­ment mon­di­al, total­i­taire, implaca­ble. Je n’arrive d’ailleurs pas à com­pren­dre com­ment tout cela est devenu pos­si­ble. C’était un monde très dif­férent du 20ième siè­cle, il y avait des yeux partout, la lib­erté était très restreinte…

  • Vous-même faisiez par­tie d’un réseau de résis­tance pas­sive à votre époque. Des penseurs ont inspiré les pop­u­la­tions qui se sont rebel­lées face au sys­tème en place. Le plus dif­fi­cile fut que l’ennemi n’existait pas. L’ennemi, c’était le sys­tème qui était mau­vais mais comme nous fai­sions tous par­tie du sys­tème – vers qui se retourn­er. On ne pou­vait pas faire en sorte que toutes les men­tal­ités, abru­ties par des décen­nies de con­trôle, puis­sent un jour, toutes en même temps, se réveiller et dire « Stop »…

  • Que s’est-il passé alors ?

  • Le sys­tème était mau­vais… il ne cor­re­spondait pas à la nature pro­fonde de l’homme. Il est tombé tout seul… cela fut très dif­fi­cile car les richess­es dis­parais­sent, elles étaient virtuelles en réal­ité… ce fut ter­ri­ble – il y a eu des famines, des épidémies… des guer­res civiles, des luttes de classe…. Puis pro­gres­sive­ment, l’humanité s’est relevée et a bati un monde meilleur sur de nou­velles bases. L’argent n’était plus une final­ité, mais un moyen en atten­dant de pass­er à une autre étape. L’économie est de nou­veau rede­v­enue floris­sante, les richess­es redis­tribuées de façon équitable… il a fal­lu du temps et beau­coup de sac­ri­fices pour en arriv­er là.

  • J’aurais aimé y par­ticiper…

  • Mais vous y avez par­ticipé, à votre façon. D’ailleurs, un cou­ple vous attend dans la salle d’à coté – ce sont des amis à vous. Il s’agit de Stephan et de Mag­a­li. Le pre­mier a un drôle d’accent, c’est rigo­lo et en plus il con­nais­sait la pre­mière Jeanne. Ils sont impa­tients de vous voir »

Un nou­veau monde, très dif­férent du mien m’attendais. Pour l’instant tout me sem­blait mer­veilleux, mais con­tes­tataire dans l’âme, je trou­verai encore d’autres com­bats à men­er. Le prob­lème avec la lib­erté, c’est que c’est un con­cept illu­soire, c’est une lutte de pou­voir – enfin, c’est ce que je pen­sais car cette société allait prob­a­ble­ment me réserv­er de nom­breuses sur­pris­es. Pour l’heure, j’avais envie de pren­dre une petite bière en com­pag­nie de mes amis, de refaire le monde… mais la bière existe-t-elle encore ? Et puis j’étais pressé de voir ma com­pagne. Pour moi, je ne l’avais quit­té que la veille. Mais pour elle, plusieurs années étaient passées. Avait-elle changé ? Et nos corps tout-neufs, tout-jeunes ! L’amour me reve­nait comme un feu. Mais le fait de retrou­ver ma chi­enne… ma mer­veilleuse chi­enne dis­parue pour moi depuis plus de 40 ans… quel bon­heur… quel bon­heur…. Quelle chance d’avoir cru en la cry­onie !

Greg

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