Le Livre “Biologie de la Mort”

Notes sur l’ouvrage

« BIOLOGIE DE LA MORT »
9782738107572
d’André Klars­feld et Frédéric Revah, aux édi­tions ODILE JACOB

Chapitre 1 : Histoire de la biologie de la mort

Rela­tion entre mort cel­lu­laire et vieil­lesse, non établie [P14] : « Per­son­ne ne peut affirmer aujourd’hui avec cer­ti­tude que la mort cel­lu­laire pro­gram­mée, pas plus d’ailleurs que la sénes­cence cel­lu­laire, joue un rôle direct dans le vieil­lisse­ment et la mort des indi­vidus. Mais toutes les deux ont claire­ment leur place dans la com­préhen­sion glob­ale du vieil­lisse­ment nor­mal et des patholo­gies liées à l’âge. »

Buf­fon [P17] : « Le savant français Georges Louis Leclerc, compte de Buf­fon, […] admet que la nature n’est pas exempte de ratages, qu’elle ‘bricole’. »

Dif­férence entre cel­lules soma­tiques et ger­mi­nales [P29] : « Weis­mann dis­tingue deux grandes class­es de cel­lules : les cel­lules ‘ger­mi­nales’, directe­ment impliquées dans la repro­duc­tion de l’organisme, et les autres, qu’il appelle ‘soma­tiques’ (du grec soma qui sig­ni­fie ‘corps’)[…] Seule compte, pour assur­er la suc­ces­sion des généra­tions, l’immortalité des cel­lules ger­mi­nales. Le reste du corps, le soma, n’a pas besoin d’être éter­nel. »

Sénes­cence réplica­tive [P31-32] : « Les cel­lules qui for­ment la base vivante des tis­sus s’usent par la suite de leur activ­ité et de leur fonc­tion­nement. Les cel­lules usées sont nor­male­ment rem­placées pour main­tenir l’intégrité des tis­sus, qui sont ain­si, en con­stant renou­velle­ment, mais ils finis­sent pour­tant eux même pas s’user parce que l’aptitude des cel­lules du corps à se mul­ti­pli­er par divi­sion cel­lu­laire est non pas infinie, mais lim­itée […] Ne faut-il pas brid­er l’aptitude naturelle des cel­lules à pro­lifér­er, si l’on veut que l’organisme garde une taille com­pat­i­ble avec les con­traintes phys­i­ologiques et physiques qui pèsent sur lui ? A com­mencer par la grav­ité : un oiseau éléphantesque ne pour­rait cer­taine­ment pas vol­er ! ».

Théorie de Bid­der [P32] : « Pour Bid­der, le vieil­lisse­ment et la mort naturelle chez la majorité des espèces ne serait qu’un effet sec­ondaire de mécan­ismes de régu­la­tion, des­tinés à lim­iter la crois­sance, afin de ne pas dépass­er la taille max­i­male tolérable à l’âge adulte. »

Para­doxe de l’apoptose [P34] : « La mort cel­lu­laire joue un rôle cru­cial pour la vie de l’individu, tant au cours du développe­ment embry­on­naire que chez l’adulte. Symétrique­ment, la survie incon­trôlée d’une cel­lule qui aurait dû mourir peut met­tre l’organisme en dan­ger de mort. »

Chapitre 2 : La difficile mesure du temps biologique

Mort d’une bac­térie et sporu­la­tion [P38-39] : « Si une bac­térie ne trou­ve plus de nour­ri­t­ure, elle peut finir par lyser – lit­térale­ment, elle se vide de son con­tenu, sa mem­brane se dis­sout. C’est le signe le plus clair, le plus irrémé­di­a­ble de la mort d’une cel­lule. D’autre part, cer­taines bac­téries ont la pro­priété de for­mer un spore, par une divi­sion d’un genre par­ti­c­uli­er. La spore est une ver­sion résis­tante de la bac­térie, qui lui per­met de faire face à l’absence de nour­ri­t­ure ou à des tem­péra­tures extrêmes. Elle reprend sa mul­ti­pli­ca­tion, dès que la sit­u­a­tion s’améliore […] La décou­verte en 1995, de spores bac­téri­ennes ‘vieilles’ de 25 mil­lions d’années sug­gère qu’il n’y a pra­tique­ment aucune lim­ite que celle qu’impose la con­ser­va­tion physique de la spore. »

Déf­i­ni­tion de Medawar du vieil­lisse­ment [P53] : « Aujourd’hui, la vision dom­i­nante du vieil­lisse­ment est proche de celle de Medawar. Il ne s’agirait pas tant d’une cause directe de mor­tal­ité que de l’ensemble des proces­sus qui aug­mente la vul­néra­bil­ité de l’organisme aux caus­es directes telles qu’infections, tumeurs, rup­ture ou occlu­sion d’un vais­seau san­guin, etc. »

Cel­lules du cœur [P57] : « Le cœur et aus­si en grande par­tie les mus­cles du squelette sont for­més de cel­lules post-mito­tiques, et leurs capac­ités de régénéra­tion sont nulles ou lim­itées. »

Chapitre 3 : Vieillissement et longévité à travers les espèces

Clas­si­fi­ca­tion de Caleb Finch [P60] : « [On dis­tingue] 3 grandes caté­gories, selon l’intensité et la rapid­ité du vieil­lisse­ment […] Une pre­mière caté­gorie regroupe les espèces où la mort sem­ble directe­ment gravée dans le com­porte­ment des organ­ismes, sinon dans leur struc­ture […] Dans la deux­ième caté­gorie se trou­ve la majorité des espèces dont la mor­tal­ité aug­mente avec l’âge de façon con­tin­ue et pro­gres­sive […] La troisième et dernière caté­gorie [regroupe] des espèces à vieil­lisse­ment nég­lige­able et à longévité indéfinie. »

Eos et Tithonos [P82: « En témoignait déjà la décon­v­enue de la déesse grecque Eos, l’aurore, qui avait obtenu de Zeus l’immortalité pour son amant, le Troyen Tithonos, en oubliant d’y faire join­dre la déesse éter­nelle. Acca­blé par les infir­mités du grand âge, le mal­heureux finit trans­for­mé en cigale. »

Chapitre 4 : Les théories évolutionnistes de la mort

Pré­da­tion [P97] : « Le vieil­lisse­ment est le plus sou­vent un arte­fact de la domes­ti­ca­tion, ou de la civil­i­sa­tion, beau­coup plus qu’un pro­duit de la nature. En effet, dans la plu­part des espèces à l’état sauvage, un indi­vidu a très peu de chances d’atteindre le terme ‘nor­mal’ de son exis­tence, sous l’effet du vieil­lisse­ment, puisqu’il mour­ra bien plus sou­vent sous la dent d’un pré­da­teur que de mort naturelle ».

Raison­nement par l’absurde [P105,107] : « Sup­posons qu’il existe une espèce dont les indi­vidus ne sont pas soumis au vieil­lisse­ment. Sup­posons aus­si que leur fécon­dité non seule­ment ne dimin­ue pas avec l’âge, mais qu’elle n’augmente pas non plus (cette con­di­tion étant essen­tielle pour la suite du raison­nement). De tels indi­vidus ont une longévité max­i­male à pri­ori infinie, et ils restent éter­nelle­ment jeunes. Sont-ils pour autant éter­nels ? Non, car on peut raisonnable­ment sup­pos­er qu’un jour ou l’autre ils auront un acci­dent, ils ren­con­treront un pré­da­teur ou un virus qui met­tront fin à leur exis­tence. Plus un indi­vidu est âgé, plus il peut s’estimer chanceux d’être encore en vie. Bien que les per­for­mance repro­duc­tives restent con­stantes, la prob­a­bil­ité de pro­créer dimin­ue avec l’âge, tout sim­ple­ment parce que la prob­a­bil­ité d’avoir tré­passé aupar­a­vant aug­mente. En d’autres ter­mes, les indi­vidus les plus âgés con­tribuent moins, par leur descen­dance, à la pop­u­la­tion future, parce que leur classe d’âge est plus dégar­nie. Le poids pro­créatif des ‘vieux’ dimin­ue avec leur nom­bre, et cela, rap­pelons-le, alors même que nous avons affaire à des indi­vidus poten­tielle­ment immor­tels, qui ne vieil­lis­sent pas, et dont la fécon­dité reste con­stante […] Ain­si, une muta­tion quel­conque sera d’autant plus pénal­isante que les effets se man­i­fes­tent plus tôt dans l’existence. La sélec­tion naturelle aura ten­dance à élim­in­er stricte­ment de telles muta­tions. Par con­tre, elle lais­sera plus facile­ment pass­er une muta­tion dont les effets négat­ifs appa­rais­sent plus tard, quand un indi­vidu a déjà le plus gros de sa descen­dance der­rière lui. Une muta­tion ayant un effet néfaste sur les capac­ités repro­duc­tives, voire la survie, unique­ment des indi­vidus les plus âgés va donc pou­voir se répan­dre dans la pop­u­la­tion, au fil des généra­tions. Cette muta­tion qui n’affecte que les plus ‘vieux’, mar­que l’apparition du vieil­lisse­ment dans notre espèce, ini­tiale­ment préservée. Pire encore, une telle muta­tion va faire boule de neige ! En effet, elle affaib­lit encore plus le poids pro­créatif relatif des indi­vidus les plus âgés. La sélec­tion naturelle se mon­tr­era donc encore moins effi­cace pour élim­in­er toute nou­velle muta­tion de ce type. Dans ces con­di­tions, une espèce dont les mem­bres ne vieil­lis­sent pas ne garderait pas longtemps son priv­ilège. »

Déduc­tions de ce raison­nement [P108-110] : « Moins longtemps on est sus­cep­ti­ble de sur­vivre, du fait de pré­da­teurs ou d’autres caus­es externes de mor­tal­ité, plus vite on vieil­lit […] Après quelques mil­liers de généra­tions dans l’environnement pro­tégé d’une île dépourvue de pré­da­teurs, ces char­mants mar­su­pi­aux [opos­sums de Vir­ginie] vieil­lis­sent deux fois moins vite que leurs cousins con­ti­nen­taux […] Williams a envis­agé le cas d’espèces dont la fécon­dité con­tin­uerait d’augmenter tout au long de l’existence [Cas des arbustes par exem­ple] […] L’augmentation de la fécon­dité peut suf­fire à com­penser la réduc­tion pro­gres­sive, avec l’âge, du nom­bre de sur­vivants […] le vieil­lisse­ment devrait être nég­lige­able, voire inex­is­tant. […] Ce lien entre capac­ité de crois­sance et longévité avait déjà été remar­qué par Weis­mann et Bid­der. Con­statant que les ani­maux qui crois­sent indéfin­i­ment ne mon­trent pas de signes de sénes­cence, ils avaient sug­géré que le vieil­lisse­ment était un effet sec­ondaire de mécan­ismes dont le but ini­tial serait de lim­iter la taille des adultes. »

Gènes pléiotropes [P121] : « Une muta­tion qui améliore l’efficacité de la pro­téine peut avoir l’effet inverse sur son autre fonc­tion, et vice et ver­sa. Plusieurs patholo­gies humaines liées à l’âge, et non des moin­dres, sem­blent traduire de tels antag­o­nismes. »

Chapitre 5 : A la recherche des mécanismes fondamentaux

Déf­i­ni­tion du vieil­lisse­ment [P129: « Le vieil­lisse­ment est défi­ni, formelle­ment, comme une aug­men­ta­tion du taux de mor­tal­ité avec l’âge ».

Théorie de Weis­mann [P132-133] : « Il est donc naturel de se deman­der si des phénomènes de vieil­lisse­ment exis­tent au niveau des cel­lules isolées. Si la réponse est pos­i­tive, y‑a t‑il un lien entre le vieil­lisse­ment cel­lu­laire et celui de l’organisme ? […] L’origine de la mort naturelle, pour Weis­mann, réside dans le fait que les cel­lules pos­sè­dent une capac­ité à se divis­er qui est lim­itée et non pas infinie. […] de légers dérange­ments doivent en effet déjà se pro­duire lorsque le rem­place­ment des cel­lules usées com­mence à se faire plus lente­ment et d’une façon insuff­isante. »

Pré­dic­tions de la théorie [P133] : « Soulignons deux pré­dic­tions fon­da­men­tales de cette théorie. La pre­mière est que le nom­bre pos­si­ble de divi­sions d’une cel­lule doit être fixe pour chaque espèce, de manière à ren­dre compte de la rel­a­tive invari­abil­ité de la durée de vie max­i­male d’une espèce don­née. En sec­ond lieu, le nom­bre de divi­sions cel­lu­laires pos­si­ble doit être cor­rélé avec la durée de vie max­i­male observée pour chaque espèce. »

Lim­ite de Hayflick [P136] : « Ce nom­bre max­i­mal de divi­sions est désor­mais couram­ment appelé la lim­ité de Hayflick. L’existence de cette lim­ite est un phénomène intrin­sèque à chaque type cel­lu­laire, qui ne dépend ni du milieu ni des autres cel­lules envi­ron­nantes. De plus, le nom­bre de divi­sions restantes ne dépend que du nom­bre de divi­sions effec­tuées, et non du temps écoulé. »

Syn­drome de Wern­er et Prog­e­ria [P138] : « Des fibrob­lastes prélevés sur un poussin se divisent env­i­ron 25 fois (un poulet pour­ra vivre env­i­ron une dizaine d’années), alors que les cel­lules prélevées sur des tortues des Galá­pa­gos (qui vivent plus de cents ans) pour­ront se divis­er jusqu’à 130 fois. Enfin, des patholo­gies humaines, très rares, telles que le syn­drome de Wern­er et la progéria, qui ressem­blent par cer­tains aspects à un vieil­lisse­ment pré­maturé, les fibrob­lastes des malades pos­sè­dent une capac­ité de divi­sion large­ment inférieure à celles d’individus non atteints. »

Sénes­cence pro­liféra­tive et vieil­lisse­ment de l’individu [P138-139] : « On trou­ve plus de 200 types cel­lu­laires dif­férents chez un indi­vidu. Les cel­lules ne se divisant pas ne peu­vent par déf­i­ni­tion pas subir de sénes­cence pro­liféra­tive. […] Il est clair que ces cel­lules, qui assurent des fonc­tions élevées dans la hiérar­chie de l’organisme, sont d’autant plus irrem­plaçables qu’elles ne se divisent plus. Il s’agit là de pop­u­la­tions lim­itées qui s’étiolent pro­gres­sive­ment et dont les mem­bres vieil­lis doivent fournir un effort d’adaptation com­pen­satoire pour pal­li­er les déficits cumulés. Cer­taine­ment, le vieil­lisse­ment et la mort de ces cel­lules clés doivent avoir un impact peut-être plus déter­mi­nant que la perte de capac­ité pro­liféra­tive des cel­lules capa­bles de se divis­er. »

Télomères [P140-142] : « Les télomères sont des frag­ments d’ADN spé­cial­isés, placés aux extrémités de chaque chro­mo­some [TTAGGG …] Il fau­dra atten­dre 1990 pour que Harley et ses col­lab­o­ra­teurs mon­trent que la longueur des télomères dimin­ue en effet pro­gres­sive­ment avec le nom­bre de divi­sions, dans les cel­lules humaines en cul­ture. Plus frap­pant encore, ils établirent une cor­réla­tion entre l’état des télomères dans une cel­lule don­née et l’âge de l’organisme sur lequel la cel­lule a été prélevée. […] On a égale­ment décou­vert que les télomères jouent un rôle fon­da­men­tal pour la sta­bil­ité des chro­mo­somes. Ils con­stituent un point d’ancrage dans la mem­brane nucléaire, et, lorsqu’ils sont abîmés, les chro­mo­somes devi­en­nent enclins aux fusions, recom­bi­naisons, don­nant lieu à divers­es formes insta­bles. Lorsque les télomères de cel­lules soma­tiques sont rac­cour­cis en deçà d’un seuil lim­ite, une alarme cel­lu­laire se déclenche, et la divi­sion est empêchée. […] Par con­traste, la taille des télomères ne décroît pas dans des cel­lules qui se divisent sans lim­ite, comme les cel­lules tumorales et dans des cel­lules de lignée ger­mi­nale. C’est qu’il existe une enzyme, la télomérase, capa­ble de ral­longer ces extrémités. […] Cet enzyme existe dans toutes les cel­lules qui pos­sè­dent un noy­au, y com­pris les pro­to­zoaires. Cepen­dant, il est réprimé dans les cel­lules soma­tiques. […]Gar­dons à l’esprit qu’abolir la sénes­cence cel­lu­laire en réac­ti­vant la télomérase pour­rait con­duire à l’apparition de can­cers. […] Plusieurs aspects du vieil­lisse­ment sor­tent du cadre expli­catif de ce phénomène. Par exem­ple, les télomères de souris sont beau­coup plus longs que les télomères humaines et ne rac­cour­cis­sent pas notable­ment avec l’âge, ce qui n’empêche pas les souris de vieil­lir à un rythme rapi­de. »

Methy­la­tion [P145] : « Chez les vertébrés, 1 à 10% d’un des qua­tre acides nucléiques com­posant l’ADN, les cytosines, sont méthylés, c’est à dire mod­i­fiés par l’addition du groupe méthyl – CH3. Cette méthy­la­tion est effec­tuée par des enzymes spé­cial­isés, les méthy­lases. Les méthy­la­tions entraî­nent générale­ment une répres­sion de l’expression du gène ain­si mod­i­fié. Ain­si, la méthy­la­tion joue un rôle essen­tiel dans l’expression géné­tique. Les ‘gènes de ménage’, néces­saires et exprimés dans toutes les cel­lules – comme les enzymes de détox­i­ca­tion – sont large­ment déméthylées, cepen­dant que les gènes dont l’expression est réprimée dans cer­tains tis­sus y sont forte­ment méthylés. […] La méthy­la­tion se trans­met à chaque divi­sion cel­lu­laire mais impar­faite­ment. La méthy­la­tion est ain­si sou­vent per­due de manière erra­tique au cours du vieil­lisse­ment, in vit­ro et in vivo. Il en résulte un dérè­gle­ment, plutôt dans le sens d’une expres­sion anor­male­ment élevée de cer­tains gènes, pou­vant con­tribuer à la sénes­cence cel­lu­laire. »

Rôle des anti-oncogènes [P146-147] : « Quand une cel­lule soumise à un dérè­gle­ment se trou­ve exposée au risque de devenir tumorale, ces anti-oncogènes vont s’exprimer pour inhiber sa pro­liféra­tion et par­fois élim­in­er la cel­lule atteinte. Il est frap­pant de con­stater que deux de ces anti-oncogènes p53 et Rb sont générale­ment exprimés dans des cel­lules sénes­centes, ayant atteint la lim­ite de leur capac­ité de pro­liféra­tion. […] On peut donc repouss­er les lim­ites de la sénes­cence cel­lu­laire en cul­ture en agis­sant sur les gènes inhib­i­teurs de can­cer ! Mais pas encore indéfin­i­ment. Après un sur­sis de quelque vingt généra­tions, ces cel­lules entrent dans une phase de crise et meurent aus­si bru­tale­ment que mas­sive­ment. Il existe donc un garde-fou. […] Le vieil­lisse­ment con­stituerait un des effets sec­ondaires inélucta­bles du con­trôle néces­saire de la pro­liféra­tion cel­lu­laire au cours de la vie d’un indi­vidu. Ce serait le prix à pay­er pour la rel­a­tive­ment faible occur­rence de can­cers durant la pre­mière moitié de la vie, celle qui est la plus impor­tante dans le cycle repro­duc­tif et qui joue donc un rôle fon­da­men­tal pour la péren­nité de la lignée. »

Métab­o­lisme et durée de vie [P149-151] : « Des mod­i­fi­ca­tions de tem­péra­ture cor­porelle peu­vent être imposées à des ani­maux à sang froid (dit aus­si ‘poïk­ilo­ther­mes’), dont le milieu intérieur prend la tem­péra­ture de l’environnement. De telles vari­a­tions de tem­péra­ture entraî­nent en général une mod­i­fi­ca­tion de leur durée de vie. […] Le sec­ond moyen pour dimin­uer le métab­o­lisme énergé­tique est de mod­i­fi­er le régime ali­men­taire des ani­maux étudiés en réduisant leur ration calorique. La théorie des Pearl prédit qu’une diminu­tion calorique du régime ali­men­taire doit con­duire à une aug­men­ta­tion de la durée de vie max­i­male. Cette pré­dic­tion para­doxale a été véri­fiée […] une diminu­tion de l’apport calorique de 120 à 40 kcal par semaine aug­men­tait la durée de vie max­i­male des rats de plus de 50% […] la restric­tion calorique étant effi­cace même lorsque ce régime com­mençait à l’âge adulte. »

Rad­i­caux libres et mito­chon­dries [P151-154] : « La res­pi­ra­tion et l’alimentation appor­tent à l’individu l’oxygène et les élé­ments car­bonés qui sont néces­saires à la vie de ses cel­lules. Il vont y être trans­for­més pour pro­duire l’ATP, prin­ci­pale source d’énergie de la cel­lule. […] La syn­thèse de l’ATP se déroule dans les mito­chon­dries, qui se comptent par dizaines, voire cen­taines dans chaque cel­lule. […]Les mito­chon­dries pos­sè­dent leur pro­pre génome, une seule macro­molécule d’ADN. […] Les mito­chon­dries répliquent leur ADN et se divisent comme des cel­lules minia­tures. […] La syn­thèse d’ATP dans les mito­chon­dries met en jeu un trans­fert d’électrons le long d’une série de com­plex­es mul­tien­zy­ma­tiques mem­branaires jusqu’à leur récupéra­tion finale par l’oxygène molécu­laire. Au cours de ce trans­fert sont pro­duites des espèces chim­iques qui pos­sè­dent un élec­tron non appar­ié, ce qui les rend extrême­ment insta­bles et réac­tives. Ces molécules, appelées ‘rad­i­caux libres’, réagis­sent rapi­de­ment avec les molécules de leur envi­ron­nement immé­di­at, créant ain­si des dom­mages irréversibles. Il en résul­tera une mod­i­fi­ca­tion pro­gres­sive du fonc­tion­nement de cer­tains enzymes, une altéra­tion des pro­priétés des mem­branes cel­lu­laires. Pire encore, l’ADN, le pat­ri­moine géné­tique de la cel­lule, peut être endom­magé. […]C’est dans la mito­chon­drie même que les dégâts sont les plus impor­tants car, étant la source des rad­i­caux libres, elle y est plus directe­ment exposée. La mito­chon­drie est d’autant plus vul­nérable qu’elle ne pos­sède pas les sys­tèmes de répa­ra­tion d’ADN spé­cial­isés qui exis­tent dans le noy­au cel­lu­laire. On assis­tera donc au cours du temps à une perte d’efficacité des sys­tèmes de pro­duc­tion d’ATP, qui ne pour­ront plus fournir les niveaux req­uis. Les tis­sus qui pâtis­sent le plus de cette dégénéres­cence sont ceux où les cel­lules ne se divisent pas ou peu, et qui sont les plus grandes con­som­ma­tri­ces d’énergie. […]Lorsqu’une mito­chon­drie com­mence à faib­lir dans une telle cel­lule, com­ment réa­gir pour pal­li­er l’insuffisance ? Faire davan­tage de mito­chon­dries ! Des sig­naux inti­ment alors l’ordre à la mito­chon­drie fatiguée de se divis­er, ce qu’elle fait, en répli­quant à cette occa­sion son génome défectueux. […] Voilà pourquoi l’on trou­ve au cours du vieil­lisse­ment des fibres mus­cu­laires ou des neu­rones bour­rés de mito­chon­dries défi­cientes.

Théorie de Cut­ler [P157] : « Cer­tains chercheurs, comme Cut­ler, pensent tout de même que, chez l’homme, seul un petit nom­bre de gènes serait impliqué. Pour cela, ils arguent que la longévité max­i­male de l’espèce a aug­men­té très rapi­de­ment au cours de l’évolution de la lignée de hominidés qui con­duit à l’homme, ce qui tiendrait à exclure la par­tic­i­pa­tion d’un grand nom­bre de gènes pour la déter­mi­na­tion de ce trait. […]Il est toute­fois malaisé de savoir si la faible durée de vie de l’homme des cav­ernes était vraisem­blable­ment due à son bagage géné­tique. »

Les gènes HLA [P163-164] : « Les pro­téines HLA sont présentes à la sur­face de toutes les cel­lules de l’organisme et con­stituent une véri­ta­ble carte d’identité per­me­t­tant d’identifier une cel­lule comme appar­tenant à l’individu con­sid­éré. […] L’existence d’une cor­réla­tion entre longévité et sys­tème HLA souligne l’importance du sys­tème immu­ni­taire dans le proces­sus de vieil­lisse­ment. »

Apolipopro­téine E [P165] : « L’apolipoprotéine E jouerait un rôle dans le phénomène de répa­ra­tion et de régénéres­cence neu­ronale après une lésion. »

Syn­drome de Wern­er et héli­case [P168] : « Le gène dont la muta­tion est respon­s­able du syn­drome de Wern­er a été iden­ti­fié en 1996 par l’équipe de Ger­ard Schel­len­berg aux USA. Il s’agit d’un gène rel­a­tive­ment com­plexe qui code au moins en par­tie pour une héli­case, un enzyme qui va lit­térale­ment ‘dérouler’ la dou­ble hélice d’ADN lorsque celle-ci devra être lue par la machiner­ie cel­lu­laire pour être tran­scrite en ARN. Il fau­dra égale­ment dérouler l’ADN pour qu’il puisse être réparé, ou bien encore répliqué lors de la divi­sion cel­lu­laire. […] La cel­lule serait ain­si dans l’impossibilité de répar­er ses dégâts s’accumulant naturelle­ment avec le temps dans son ADN, d’où une accéléra­tion des phénomènes de sénes­cence cel­lu­laire naturels. »

Chapitre 6 : La mort programmée au service de la vie

For­ma­tion des doigts de l’embryon [P173-174] : « Con­sid­érons l’exemple de l’apparition des doigts au bout de la main. Les mem­bre appa­rais­sent entre 9.5 et 12.5 jours de ges­ta­tion (chez la souris, dont la durée totale de ges­ta­tion est d’une ving­taine de jours). A ce stade, les doigts ne sont pas encore apparus, et les extrémités des mem­bres, qui devien­dront les mains ou les pieds, ont l’aspect de man­chons. Au treiz­ième jour de ges­ta­tion on observe à l’extrémité des mem­bres qua­tre régions de mort cel­lu­laire, étroites, qua­si-par­al­lèles, à l’endroit qui défini­ra l’espace entre les doigts : c’est la phase d’élimination du tis­su inter­dig­i­tal. […] Il faut plutôt par­ler d’un proces­sus de sculp­ture, de mod­e­lage, de façon­nement, par lequel les doigts sont dégagés du man­chon que con­stitue l’extrémité du mem­bre. »

For­ma­tion du cerveau [P175] : « Le cerveau humain com­porte env­i­ron 100 mil­liards de neu­rones – les cel­lules nerveuses. Cha­cun d’entre eux établit des con­tacts avec d’autres neu­rones pour échang­er de l’information sous forme de sig­naux élec­triques et chim­iques. Les lieux de ces con­tacts sont les synaps­es, et chaque neu­rone peut en établir jusqu’à 150 mille, la moyenne étant d’un mil­li­er. On estime à 100 000 mil­liards le nom­bre de synaps­es dans le cerveau humain. »

Lyse [P178] : « Dans un pre­mier temps, les cel­lules subis­sant le pre­mier type de mort gon­flent, puis les organ­ites intra­cel­lu­laires se dés­in­tè­grent. Enfin, la mem­brane cel­lu­laire perd ses pro­priétés de régu­la­tion des échanges entre les milieux intra et extra-cel­lu­laires, et elle se rompt. La cel­lule explose lit­térale­ment, et les com­posants intra-cel­lu­laires sont relargués dans le milieu externe. »

Apop­tose [P179] : « La cel­lule se con­dense, tant au niveau de son cyto­plasme que du con­tenu de son noy­au, la chro­ma­tine, qui se con­tracte en une série dis­crète de mass­es som­bres. Dans un sec­ond temps, la mem­brane externe forme des invagi­na­tions qui con­duisent à la for­ma­tion de pro­tubérances cel­lu­laires. Vient ensuite une phase de frag­men­ta­tion pen­dant laque­lle ces pro­tubérances vont se détach­er les unes des autres. Elles ren­fer­ment des frag­ments de cyto­plasme, de chro­ma­tine et d’organites qui restent en grande par­tie intactes. Enfin, ces frag­ments vont être phago­cytés par les cel­lules envi­ron­nantes. »

Sui­cide sur com­mande [P181] : « Dans cer­tains cas, la cel­lule ne décide pas elle-même de sa mort et se con­tente de déclencher un proces­sus d’autodestruction en réponse à un sig­nal extérieur. »

Chapitre 7 : les dangers de la mort cellulaire mal programmée

Sig­naux et can­cers [P192] : « Le déclenche­ment d’un proces­sus pro­lifératif ou d’un proces­sus apop­to­tique sera ini­tié par un sig­nal chim­ique (hor­mone, fac­teur de crois­sance) émis par l’environnement. Les cel­lules can­céreuses ont sou­vent per­du leur sen­si­bil­ité à ces sig­naux régu­la­teurs, ce qui con­duit à une aug­men­ta­tion anor­male du nom­bre de cel­lules ».

Bcl‑2 [P194] : « L’ensemble des expéri­ences mon­tre bien que bcl‑2 bloque phys­i­ologique­ment l’apoptose. Sa sup­pres­sion provoque une apop­tose anor­male­ment élevée con­duisant à la dégénéres­cence des organes touchés, ce que l’on observe chez les ani­maux trans­géniques que nous venons d’évoquer. Par con­tre, sa sur­ex­pres­sion dans un organe provoque un blocage pathologique de l’apoptose ; les cel­lules qui devraient mourir sur­vivent, ce qui peut con­duire à la tumori­genèse, comme dans les lym­phomes fol­lic­u­laires malins. »

P53, la sen­tinelle anti­tu­morale [P194-196] : « p53, le gène sup­presseur de tumeurs est impliqué dans la moitié des can­cers diag­nos­tiqués, tout type con­fon­dus, suite à une muta­tion de ce dernier. […]L’existence de dom­mages au niveau de l’ADN va déclencher les sys­tèmes d’alerte de la cel­lule, et on peut sché­ma­tique­ment divis­er cette procé­dure d’alerte en 3 phas­es. La pre­mière phase con­siste à détecter les mod­i­fi­ca­tions anor­males de l’ADN cel­lu­laire. Quand de tels dom­mages sont détec­tés, la con­cen­tra­tion de p53 va aug­menter dans la cel­lule. Cette accu­mu­la­tion de p53 va con­duire à la sec­onde phase., l’arrêt immé­di­at de la répli­ca­tion cel­lu­laire. Pen­dant cette phase d’arrêt, les sys­tèmes de répa­ra­tion de l’ADN vont pou­voir agir. Si la répa­ra­tion réus­sit, la cel­lule repren­dra une exis­tence nor­male. Si la répa­ra­tion de l’ADN échoue, la troisième phase du proces­sus d’alerte se déclenchera : p53 va pouss­er la cel­lule mutante au sui­cide en provo­quant l’apoptose. »

Virus recom­bi­nants [P198] : « On utilise en thérapie génique des virus dits « recom­bi­nants », à savoir ‘désar­més’ et ‘mod­i­fiés’.[…] Ils ont été manip­ulés de manière à con­serv­er leur capac­ité de péné­tra­tion, mais auront per­du leur pou­voir pathogène […] l’on aura intro­duit dans leur génome le gène thérapeu­tique que l’on veut trans­fér­er. »

Virus et apop­tose [P199] : « Le sui­cide cel­lu­laire con­stitue l’un des moyens de défense con­tre les infec­tions virales. La cel­lule infec­tée va déclencher une apop­tose afin de ten­ter de siparaitre avant que le virus n’ait eu le temps de s’y repro­duire […] Dans cer­tains cas, le sig­nal ordon­nant le sui­cide vien­dra des cel­lules voisines plutôt que de la vic­time elle-même. Des agents du sys­tème immu­ni­taire, les cel­lules T cyto­tox­iques peu­vent recon­naître les cel­lules infec­tées et leur enjoin­dre par un sig­nal chim­ique de déclencher l’apoptose. Les virus ont toute­fois dévelop­pé des straté­gies des­tinées à con­tr­er le déclenche­ment de l’apoptose dans l’organisme hôte. Plusieurs d’entre eux pos­sè­dent dans leur génome des gènes dont la fonc­tion spé­ci­fique est de blo­quer l’apoptose des cel­lules infec­tées. »

Chapitre 8 : repousser la mort

Hypothèse de Dawkins [P227] : « Il pro­pose de ‘bern­er’ les gènes en leur faisant croire que le corps dans lequel ils se trou­vent est plus jeune qu’il ne l’est en réal­ité. En d’autres ter­mes, puisque la sélec­tion naturelle a retenu les gènes avant tout pour leur per­for­mance chez les jeunes, essayons de simuler ‘l’environnement chim­ique interne’ d’un corps jeune pour fournir aux gènes le milieu auquel ils sont le mieux adap­tés. »

Conclusion

Util­ité de la mort [P250] : « L’utilité de la mort est évi­dente : elle seule per­met à la biosphère de trou­ver place sur une planète qui ne grandit pas ; elle seule rend pos­si­ble l’évolution biologique. […] Une seule bac­térie se divisant, dans des con­di­tions de milieu favor­able, pour­rait en huit jours, par pro­gres­sion géométrique, syn­thé­tis­er une masse de matière vivante supérieure à la masse de la Terre. »

Pour les passionnés de 3D et de Jeux

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