Atelier écriture : une petite histoire de 300 mots à partir d’une image

par | 5 Avr 2024

 
Aujourd’hui, nous vous proposons un autre jeu : voici une image, écrivez une histoire courte (300 mots max) pour imaginer une scène dans ce lieu… ce que cela vous évoque.
Nous publierons les meilleures contributions sur cette page.
 
 

« Fleurs » de Claudia Sandra Salagean (297 mots)

Petit, sombre, et suintant le parfum âcre et humide des fleurs. L’appartement a été choisi au hasard. Un immeuble s’était dressé sur son chemin, puis une porte avait cédé. Presque vide, à l’exception d’un futon crasseux.

Une grande fenêtre dévoile ce qui reste de la cité ; les pagodes du jardin commémoratif grignotées par la végétation, et les carcasses des immeubles. Tout ce qu’il a déjà vu depuis la fenêtre de chaque ruine qu’il a squattée depuis sa fuite. Ici, ou ailleurs, c’est aussi bien. C’est ce que No se dit, avant de fermer les yeux.

Quand il les rouvre, un poids insoutenable l’écrase. Le soleil ne s’est pas couché, mais il a la sensation d’avoir dormi des jours. Son corps entier est paralysé.

Quelque chose cependant a changé dans le paysage ; des espèces de filaments noirs dansent devant les structures aux toits hérissés d’arbres noueux aux fleurs pâles. Comme des ondulations scintillantes. Non… Ces trucs sont juste devant ses yeux ! Ce sont des cheveux.

Un rire, doux, et perçant à la fois, tout près de son oreille. Le poids augmente. No crève de froid malgré la chaleur. Il sent de nouveau le parfum caractéristique des fleurs brassé par ces longues et soyeuses mèches. Quelqu’un s’est couché sur lui et se marre. Une fille ?

“Hé.” Mais elle ne répond pas, se contentant de rire. Il sent des bras l’enserrer. Il ne faut que quelques minutes pour que toutes les fibres de son corps se figent, que sa respiration ralentisse. Son cri ne franchit pas ses lèvres, mais son œil mourant capte quelque chose dans la pièce ouverte aux quatre vents du bâtiment juste en face de celui-ci.

Une personne allongée dans une pièce sombre sur le corps de laquelle repose la pâle et cadavérique silhouette d’un homme.

« Le dernier artisan » de Greg Bénicourt (300 mots)

Sous un ciel d’azur, où les rayons du soleil se fraient un chemin à travers les branches entrelacées qui embrassent les gratte-ciels, un appartement baigné de lumière abrite le dernier homme sur Terre. Cet artisan, héritier des traditions, se tient devant une fenêtre ouverte, son regard plongé dans une Tokyo réinventée où la nature et les vestiges de l’humanité coexistent dans une harmonie inattendue. Les tours se dressent à présent comme des monuments à la mémoire d’une époque où l’homme cherchait à toucher le ciel, leurs façades grignotées par les lianes et les fleurs sauvages.

En ce jour lumineux, l’artisan, dont les mains ont façonné tant de merveilles, s’attelle à son ultime création. Un kimono, tissé avec les fils de ses souvenirs. C’est une ode à tout ce qui a été, un pont jeté vers tout ce qui aurait pu être.

Il s’interroge, avec une sérénité empreinte de mélancolie, sur les choix de l’humanité, cette course effrénée vers l’avant qui a fini par laisser derrière elle l’essence même de la vie. Comment avons-nous pu perdre de vue la beauté de l’instant, le cycle naturel des choses, l’équilibre fragile entre prendre et donner ?

Tout en contemplant le paysage, l’artisan comprend que, même dans l’abandon, il y a une forme de renaissance. Il dépose délicatement son œuvre sur le dossier d’une chaise, se tourne vers la fenêtre et sourit. Le monde continuera de tourner, les cycles de la vie se poursuivront, et quelque part, dans le murmure du vent, le dernier homme fait un pas en avant. Les cerisiers en fleurs, éclatants de vie au milieu des ruines, susurrent un adieu poétique, tissant autour de sa chute un voile de pétales roses. La beauté persiste, même sans témoin, et la danse de la vie, aussi fragile soit-elle, ne connaît jamais de fin.

« Là où les feuilles sont noires » de Robert G. Forge (294 mots)

La vue était magnifique. Les couleurs flamboyantes. Le vert omniprésent. La vie était partout. Ça lui faisait du bien de regarder par cette fenêtre où rien ne bougeait. On aurait dit un endroit où il serait inutile d’avoir peur. Ce n’était pas tellement différent de ce qu’il y avait autour de lui à un détail près. En tournant la tête, il reçut à nouveau ce choc, encore, comme à chaque fois qu’il détournait les yeux et revenait à la réalité. Les couleurs vertes et lumineuses de la fenêtre, étaient ici couvertes de poussières de toutes sortes, de l’usure des choses à la suie des feux, en passant par les retombées de « La grande flamme ». Comme il eut été agréable de vivre dans la fenêtre figée, libre de manger à sa faim, de courir tout son saoul, abandonnant cette vigilance qui le gardait captif de la peur. Heureux. Courir, manger… peut-être cela aurait-il suffi pour pallier la solitude. Car oui, il était seul. Ses parents étaient tombés sous les coups des chasseurs bipèdes. De nombreuses feuilles rouges sont tombées depuis. Pour éviter les deux jambes, il revenait se cacher ici, près de la fenêtre immobile, où ils ne venaient jamais. Dans cette cachette, il commençait à voir moins bien, toussait de plus en plus et respirait bruyamment. Mais il était si bien ici, à l’abri, à regarder tranquillement les jolies couleurs de la fenêtre. Il apercevait un espoir, car avec le temps, les deux jambes étaient moins nombreux. Peut-être un jour pourrait-il à nouveau gambader parmi les ruines sans se soucier d’eux. Il s’accroupit par terre, posa sa tête sur ses jambes frêles et ferma les yeux. Demain, il respirerait sans doute assez bien pour aller manger plus loin, où les feuilles sont moins noires.

« L’Écho du Sabre Perdu » par Benjamin Cgb (297 mots)

Difficile de se réveiller. Ses yeux semblaient refuser de s’ouvrir. Combien de temps avait-il dormi pour que cela demande un tel effort ? En face de lui, il distinguait vaguement les toits familiers des pagodes. Il lui fallu du temps pour arriver à les fixer. Cette fatigue était vraiment pesante, même après une bataille il n’était pas dans cet état. Maintenant qu’il voyait un peu mieux, il ne comprenait pas ce qu’il voyait. C’était bien le temple… Enfin les pagodes, car le reste ne ressemblait à rien. Comme des montagnes raides sorties de terre, tout autour. Couvertes de verdure, et pourtant… Pas naturelles. Beaucoup trop raides, beaucoup trop grandes, et surtout qui n’avaient rien à faire ici. Et les toits du temple semblaient comme… Laissés à l’abandon. La mousse, les plantes, les arbres, s’étaient propagés. Ce n’était pas possible que les moines aient laissé faire ça, et de toute manière comment cette nature aurait pu pousser si vite ? Il fallait qu’il ait une explication. Il tenta de bouger, mais c’était comme si son corps ne voulait pas non plus sortir de son sommeil. Ce n’était pas normal qu’il voit le temple d’aussi haut, ni qu’il soit déjà debout alors qu’il venait juste de se réveiller. Descendre le regard vers sa main posée sur la poignée lui demanda un effort surhumain, le faisant presque trembler. Pourquoi sa main était si sombre, si décharnée, comme vidée…
Le corps momifié du samouraï se mit à frémir dans la salle abandonnée, comme si une brise le caressait. Il sembla vibrer un instant, avant de se craqueler et de commencer à se briser, tombant littéralement en poussière, les plaques de son armure tombant au sol sous leur poids. Seules quelques phalanges restèrent accrochées à la poignée du sabre, comme refusant de le lâcher.

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