Soleil Vert, l’histoire se déroule en 2022 !

par | 19 Sep 2022

Soleil vert (titre original : Make Room! Make Room!) est un roman de science-fiction de Harry Harrison publié aux États-Unis en 1966 puis traduit en français par Emmanuel de Morati et publié en 1974 aux Presses de la Cité. Il est adapté au cinéma en 1973 par Richard Fleischer pour son film du même nom : Soleil vert, en français. En 2014 une nouvelle traduction de Sébastien Guillot a été publiée par J’ai lu dans la collection Nouveaux Millénaires. Mais vous rappeliez vous que le film se déroule en 2022 ? Un livre, un film, c’est déjà du Transmédia.

 

L’histoire du livre

Soleil Vert se déroule dans une ville de New York surpeuplée en 1999 (33 ans après l’écriture du roman). Andy Rusch, inspecteur de police de 30 ans, vit dans une demi-pièce qu’il partage avec Sol, un ingénieur à la retraite qui a adapté un vélo pour produire de l’énergie pour un vieux téléviseur et un réfrigérateur. Lorsqu’Andy fait la queue pour leur ration d’eau qui ne cesse de diminuer, il assiste à un discours public des « Eldsters », des personnes âgées mises à la retraite de force. Une émeute éclate lorsqu’un magasin d’alimentation voisin propose une vente surprise de steaks « soylent » (soja et lentilles). Le magasin est pillé par la foule. S’ensuivra toute une enquête de Rusch, une histoire d’amoir avec Shirl et de tromperie… Pendant ce temps, Sol décide qu’il ne peut plus rester passif face à la crise de surpopulation de l’humanité. Il se joint à une marche pour protester contre l’annulation d’un projet de loi qui soutient le contrôle de la population. Sol est blessé lors d’une émeute et attrape une pneumonie. Quelques jours après sa mort, une famille odieuse s’empare de son logement, rendant la vie de Shirl et d’Andy beaucoup plus misérable qu’auparavant.Après quelques soucis, Rusch est rétrogradé au rang de simple patrouilleur et Shirl le quitte. Andy est en patrouille à Times Square le soir du Nouvel An, où il aperçoit Shirl parmi les riches fêtards. Au moment où l’horloge sonne minuit, Andy rencontre Peter, qui est bouleversé par le fait que le monde n’a pas pris fin et qui demande comment la vie peut continuer ainsi. L’histoire se termine par l’écran de Times Square annonçant que « Le recensement indique que les États-Unis ont connu la plus grande année de leur histoire, fin du siècle, 344 millions de citoyens.

Différence entre le livre et le film

Déjà, le changement de titre, mais pas en français  ! Dans le reste du monde, le film s’appelle  « Soylent Green », qui provient de l’anglais Soylent (« germes de soja et lentilles »). A noter d’ailleurs qu’en 2013, le nom est repris comme marque commerciale par une société qui produit des boissons nutritives et des substituts de repas. Il fallait l’oser ! Le livre, quant à lui, se nomme « Make Room! Make Room! », à traduire comme « faites de la place ! ». Lors de son adaptation au cinéma, les producteurs du film décidèrent de changer le titre de l’œuvre, craignant que le public ne fasse l’amalgame avec une série populaire de l’époque, intitulée Make room for Daddy.

Librement inspirée du roman, cette dystopie se concentre sur une enquête sur le meurtre d’un riche homme d’affaires et un avenir où les océans sont mourants et la canicule est présente toute l’année en raison de l’effet de serre, conduisant à l’épuisement des ressources naturelles, la pollution, la pauvreté, la surpopulation et l’euthanasie volontaire. Dans une année 2022 et une ville de New York de fiction, le manque de nourriture amène les autorités à créer des aliments artificiels et industriels conçus par la société Soylent. Le détective Thorn, assisté par le vieux professeur « Sol » Roth, véritable mémoire du temps passé, enquête sur la mort d’un certain Simonson, un riche privilégié proche des cercles dirigeants. Alors qu’il progresse dans son enquête, Thorn s’aperçoit que cette caste fait tout pour l’empêcher de découvrir la vérité.

Le livre était plus orienté « bombe démographique, nous étions en pleine époque où le malthusianisme était relayé par les médias. Le malthusianisme est une doctrine politique prônant la restriction démographique inspirée des travaux de l’économiste britannique Thomas Malthus (1766-1834). Le terme est utilisé pour la première fois par Pierre-Joseph Proudhon en 1849. À l’origine doctrine hostile à l’accroissement de la population d’un territoire ou d’un État et préconisant la restriction volontaire de la natalité, le mot « malthusianisme » désigne aussi par extension toute attitude réservée devant la vie et le développement. C’est encore un peu le cas aujourd’hui, alors qu’on approche des 10 milliards d’individus, même si une étude affirme que nous pourrions retomber à 5 milliards d’ici 2100. La chute de la natalité dans les pays développés était déjà discutée pendant que les scénaristes travaillaient sur le film. De fait, ils se sont plutôt orientés vers la « destruction des ressources naturelles ». En même temps, l’un entraine l’autre, mais le coté surpopulation n’est pas vraiment au devant de la scène dans le film. Toutefois, un peu comme l’âge de crystal, il faut mourir après un certain âge !

Le choc des réalités

Il s’agit d’une « Tragédie morne », une science-fiction qui n’est pas spectaculaire, mais qui fait écho à notre monde. Tout le monde est masqué dans la rue, à cause de la pollution certes, mais tout de même.
On y parle de Canicule et de Rareté des ressources. Il n’est pas question ici de prendre position politiquement, mais c’est bien l’une des grandes préoccupations actuellement relayées par nos médias.

Soleil vert est probablement le film le plus ancien évoquant une vision apocalyptique d’une planète surpeuplée et subissant une catastrophe écologique. Les personnages du film évoluent dans une atmosphère étouffante et soumise à la pollution. La vie urbaine baigne dans une ambiance de corruption et de violence. Même si aucun dérèglement climatique n’est évoqué directement, la température générale a augmenté, et le temps semble constant. Au début du film, le personnage de Sol Roth explique : « Est-ce que quelqu’un peut vivre dans un climat comme celui-là ? La canicule d’un bout de l’année à l’autre, on se croirait dans un four, on crève à force de transpirer […] », indiquant que ce monde est devenu un enfer ; le climat n’étant qu’un des facteurs ayant transformé la vie des protagonistes de cette fiction en véritable cauchemar.

L’euthanasie des personnes âgées n’est aujourd’hui plus un tabou. On parle aujourd’hui d’euthanasie volontaire, mais qu’en sera-t-il quand les personnes âgées culpabiliseront d’être à la charge de la société ? Ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais avec les crises qui arrivent, cela pourrait le devenir. Certains y verront peut-être une solution au problème des retraites justement.

D’après le film, les scientifiques ont tué les sols et pollué l’air. C’est peut-être un faux procès qu’on leur fait, car il ne s’agit pas d’une erreur, mais d’une utilisation qui n’est pas faite comme il se doit par les politiques. A moins que cela ne soit comme dans le film Idiocracy où le QI est tellement tombé en deux siècles que les gens arrosent les champs de boisson gazeuse sucrée, car … c’est plein d’electrolytes ! Et ils ne comprennent pas ensuite pourquoi plus rien ne pousse. Parfois, la réalité semble même dépasser la fiction.

Et concernant le cannibalisme, en septembre 2019, un scientifique suédois, Magnus Soderlund, professeur et chercheur à l’école des sciences économiques de Stockholm, préconise, contre le réchauffement climatique, de manger de la chair humaine !

Pour finir, petit clin d’oeil : dans le film apparaît le tout premier jeu vidéo commercialisé en série, Computer Space, créé en 1971 par Nolan Bushnell, aussi créateur d’un autre jeu célèbre, Pong, et commercialisé par la société Nutting Associates.

Enfin, si vous voulez en savoir un peu plus, je vous invite à écouter « Soleil Vert : l’alerte rouge » sur France Culture, avec Frédéric Ducarme (Chercheur en philosophie de l’écologie), Yannick Rumpala (maître de conférences en science politique à l’Université de Nice), Catherine Dufour (Romancière, auteure de science-fiction et ingénieure informatique).

 

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