Un film à redécouvrir: Passé virtuel

Un film passé totalement inaperçu à l’époque où Matrix explosait le Box Office – certes, il n’est pas bourré d’effets spéciaux, ça “casse pas des briques” à tout va, mais pourtant, le film est génial pour ceux qui aiment les mondes virtuels et le jeu vidéo. Je préfère d’ailleurs son nom anglais ” The Thirteenth Floor” qui représente plus le concept, amha.

Regardez cette bande annonce:

https://www.youtube.com/watch?v=3xlyDdRT8VE

Le synopsis est le suivant : “Passionné de logiciels et des années trente, Hannon Fuller est parvenu à recréer l’époque qu’il affectionne, dans laquelle il peut se projeter. Au cours d’un de ses voyages virtuels, il fait une découverte aussi fascinante qu’effrayante, dont il cherche à faire part à son associé, Douglas Hall. Malheureusement, il est assassiné avant d’avoir pu communiquer son secret. Pour l’inspecteur McBrian, Douglas devient le suspect ideal. Pour prouver son innocence, Douglas décide de trouver l’assassin de son ami dans son passé virtuel.”

Ceux qui connaissent l’oeuvre de Galouye auront reconnu la proximité avec le livre “Simulacron 3′.

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Ce qui m’a surtout intéressé, ce sont les questions que soulèvent le film. Attention, à partir d’ici, je risque de vous casser l’intrigue, alors regardez le avant car il vaut vraiment le coup et il peut vous transporter ! Je vais essayer d’en dire le moins possible.

Dans le film, les personnages d’un jeu vidéo sont programmés pour paraître “réels”: c’est à dire qu’ils ne savent pas qu’ils sont dans un jeu vidéo. Ils se croient vivants! Impossible ?

Des gens qui ne connaissent rien à la technologie ont du mal à imaginer ce concept. Mais si vous lisez ce blog, ça va vous parler.  En programmation système, il est possible d’interdire à un processus d’accéder à l’ensemble de la mémoire. De même, il reçoit des “ordres” de la part du système d’exploitation ou d’un utilisateur par exemple.  On peut imaginer créer un programme qui répond aux stimuli extérieurs comme le ferait aujourd’hui un robot. Mais ajoutons lui aussi une fonction de questionnement interne: attention, il ne pense pas par magie, non, le questionnement est un programme sous-jacent (appelons le “inconscient”) auquel le programme n’a pas accès et il n’en reçoit que les ordres ou infos. Ce programme analyse en temps réel tous les stimuli, fait des croisement avec les données en mémoire, celle du programme mais aussi toute sa banque mémoire personnelle… et il triture les infos à l’aide d’algos simples – Bref, il passe son temps à travailler sans but précis. En fonction de l’importance du résultat trouvé (pondéré avec des coefficients de survie/plaisir/hasard/etc), il attribue une note sur 100. En fonction de l’état d’éveil du programme (selon s’il est occupé ou non), il peut accéder aux infos dont la note est supérieure à 80 par exemple. Et Hop, une idée vient de lui traverser l’esprit….

Ce que j’essaye d’expliquer en quelques lignes seulement, c’est que le “je pense donc je suis” est une illusion. Ce n’est pas suffisant. C’est oublier que la majeure partie de notre cerveau fonctionne de façon inconsciente et que le libre arbitre n’existe peut-être pas – en dehors du peu de hasard qu’utilise probablement notre esprit.

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Il y a quelques années, j’ai travaillé pour un laboratoire qui voulait entraîner les robots de façon virtuelle avant de les construire et d’utiliser le savoir acquis dans le monde virtuel par la suite, dans le monde réel. Ce que j’ai appris à l’époque, c’est que le cerveau va reconnaître une image très rapidement jusqu’à ce qu’on l’incline trop fortement. Au-dessus d’un certain angle, cela prend beaucoup plus de temps (à l’échelle de l’esprit). Ce qu’on peut en conclure (mais cela reste à prouver), c’est que l’algorithme utilisé n’est pas le même. Peut-être le cerveau a t-il besoin d’effectuer une rotation de l’image avant d’enchaîner les algorithmes de reconnaissance de forme.

Mais où est-ce que je veux en venir  ? Marcher, prendre un objet, lire un livre, … tout cela semble aller de soi. Pourtant, même avec un héritage génétique comme le notre, un enfant a besoin de beaucoup de temps pour acquérir ces facultés. Vous connaissez des gens tête en l’air, abrutis … vous ne vous êtes jamais demandé comment ces gens pouvaient conduire sans produire un accident à chaque coin de rue ? Moi, personnellement, cela me surprenait énormément… jusqu’à ce que je comprenne que nous disposons tous, plus ou moins, mais de façon très proche, d’un cerveau exceptionnel – un ordinateur surpuissant – mais que la plupart des gens ne savent pas utiliser. Quand on sait conduire, on n’utilise presque plus notre conscience pour le faire – la “main a appris le geste” comme le disent les orientaux. S’il fallait penser à tout, notre programme “conscience” serait vite débordé.   L’inconscient est écrit en langage machine… non mieux, le cerveau se câble au fur et à mesure… les réflexes ne passent pas par la “conscience” – ça c’est du langage interprété ! l’inconscient peut accéder à tous les capteurs du corps, à toute la mémoire du corps, et peut-être même (j’en suis certain) à une forme de mémoire codée  génétiquement… Mais pas le conscient. Alors que je me pose une question et que des idées me viennent… est-ce le résultat de mon exercice conscient, ou bien suis-je sous l’influence de ce “DEUS EX” qui vit en moi.

Aujourd’hui, quand je touche un objet… c’est dur, c’est froid… est-ce que ce sont les capteurs de mon corps qui m’envoient l’information, ou est-ce un programme en moi qui demande à la matrice si un objet est présent à telles coordonnées et qui renvoient le résultat à ma petite conscience….

C’est tout le sujet de ce film vous l’aurez compris: les personnages du jeu “pensent” être vivants, mais découvrent que des “entités” extérieures à leur monde viennent de temps en temps prendre corps dans leur réalité. Ils découvrent ainsi leur véritable nature… Ce qui est fort, c’est quand les programmeurs de ce jeu découvrent que …. Ah pis non, je préfère que vous regardiez le film j’en ai déjà trop dit.

Un autre livre exploite aussi cette direction: une IA va naître de l’alliance d’un programme inconscient à un programme conscient. Il s’agit de DEUS MACHINE de Pierre Ouellette. Très bon livre au passage.

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Bon, Matrix pose aussi ce questionnement: sommes-nous dans une réalité virtuelle ? Mais la question la plus gênante est “Sommes nous vivants” ? Penser que nous sommes au fond d’une cuve cryo entrain de rêver le monde façon Cthulhu est différent de se demander si nous nous existons réellement à la source. La seule chose dont nous pouvons être certain, c’est de l’existence de cette chose fantastique nous contenant, ainsi que tout l’univers physique… Est-ce qu’on peut l’appeler Dieu ? Est-il conscient ou est-ce lui aussi une simple machine ? Bonne réflexion les amis.

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