Jules Verne : inventeur, scientifique ou fantaisiste ? 

Sous-marin, dirigeable, capsule spatiale, éléphant d’acier, grands paquebots, trains géants ou immense radeau, les machines de transport imaginées par Jules Verne ont fait rêver des générations entières. Certaines de ses inventions ont même inspiré de réelles technologies. On ne peut pas imaginer créer une nouvelle en s’inspirant de Jules Verne en faisant l’économie de ce type d’inventivité, mêlant science balbutiante ou dernières technologies. Évidemment, c’est beaucoup plus facile pour nous qui baignons depuis notre plus jeune âge dans la science-fiction et l’anticipation, de trouver une telle inspiration. Mais si l’on se replace dans le contexte de l’époque, il est nécessaire que la technologie reste crédible, qu’on trouve quelques traces de recherches, d’expérimentation, voire de brevets. Nous allons étudier plusieurs machines ou technologies qu’il a décrites dans ses romans, mais avant cela, tentons de répondre à cette question : « Mais d’où lui venait l’inspiration pour ces fantastiques joujoux ? »

Il faut prendre en compte le contexte historique et ne pas oublier à quel point Jules Verne mettait un point d’honneur à se tenir informé des dernières découvertes et des technologies émergentes. Son époque a connu un nombre impressionnant d’inventions et de développements : le chemin de fer, les allumettes à friction, le moteur électrique, l’hélice, le télégraphe électrique, la pile Bunsen, les presses rotatives en imprimerie, le téléphone de Bell, le moteur à explosion, la machine à frigorifier, l’ampoule d’Edison, la bicyclette, le phonographe, les ballons dirigeables, les rayons X, le radium, le cinématographe, le vaccin contre la rage, la tour Eiffel, etc.

Verne déclare en 1894 à une journaliste : « J’estime que j’ai de la chance d’être né dans une période de découvertes remarquables, et peut-être plus encore d’inventions merveilleuses ». Par ailleurs, il écrit « Quand je les ai décrites comme des réalités, ces choses étaient déjà à moitié découvertes. J’ai simplement tiré une fiction de ce qui est devenu ultérieurement un fait, et mon but, en le faisant, n’était pas de prophétiser, mais de répandre dans la jeunesse un savoir en matière de géographie sous une apparence aussi intéressante que je pouvais la composer ». Son éditeur et lui avaient convenu de : « Résumer toutes les connaissances géographiques, géologiques, physiques, astronomiques amassées par la science moderne et refaire, sous forme attrayante et pittoresque, l’histoire de l’univers ». Et c’est en ce sens qu’il travaillait.

Livre Paris au XXe siècle

Ce livre a été publié à titre posthume, retrouvé bien des années après…

Jean-Paul Dekiss, dans son livre Jules Verne, l’enchanteur, nous en fait la parfaite synthèse : « Il ne fait aucun doute que Jules Verne est un écrivain scientifique. Le souci qu’il a de l’exactitude dans les informations qu’il transmet, la dialectique des contraires qu’il utilise en permanence, son vocabulaire riche et précis, le style où la passion toujours est tempérée par une syntaxe rigoureuse et simple. C’est une conception scientifique qui dépasse de loin la réduction soit technologique, soit scientiste qui en est souvent faite. »

Jules Verne n’est ni un inventeur ni un prophète à la science exacte. Ses livres contiennent des erreurs, des oublis et des imprécisions. Un exemple ? Le Nautilus, le sous-marin du capitaine Nemo qui descend à seize kilomètres dans le fond de la mer des Sargasses, remonte à une vitesse extravagante et n’est même pas étanche — alors qu’en réalité les sous-marins habités ne peuvent atteindre qu’une profondeur de quelques centaines de mètres. De même, dans Paris au XXe siècle, il dépeint une ville futuriste, une ville des lumières, mais sans internet toutefois.

Imaginer le futur, prévoir ce que l’on fera des technologies nouvelles faisant leur apparition à son époque, est probablement le tour de force le plus important de l’auteur. L’écrivain du progrès est aussi celui qui en a perçu les effets et les dangers potentiels, ce qui résonne fortement en ce début de XXIe siècle. Ce sont avant tout des questions sociétales et donc, politiques. Son angoisse se développe au fil des ans et des romans.

Dès son premier roman, Cinq Semaines en ballon, il prophétise : « Cela sera peut-être une forte ennuyeuse époque que celle où l’industrie absorbera tout à son profit. À force d’inventer des machines, les hommes se feront dévorer par elles ». Le roman Sans dessus dessous est emblématique de ce désenchantement face au progrès et de la clairvoyance de son auteur.

Retrouvez un dossier complet sur Jules Verne dans les magazines #2 et #3 des Créateurs de Mondes, ainsi qu’un projet pour apprendre à écrire comme lui dans le magazine #4.

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