Kit entre jeu et formation : 30 days Lost in Space

« 30 days Lost In Space » est un kit d’aventure « sci-fi » qui a pour ambition de nous enseigner un peu d’électronique et de programmation en 30 jours. Non, il n’est pas basé sur la série TV « Perdus dans l’espace » comme son nom aurait pu le laisser entendre, mais il y a cette notion de survie en milieu hostile.

En fait, il s’agit d’une sorte de package ludo-éducatif comprenant du matériel, tel un board Hero qui est un mini-ordinateur complet dérivé de l’Arduino Uno Rev3, ainsi que différents composants, comme un écran OLED, des boutons, un potentiomètre, etc.  Plutôt que de fournir un livret avec de la théorie et des exercices, voire quelques vidéos, l’enseignement prend une tournure différente et le concept est plutôt sympathique, à défaut d’être purement innovant. On vous propose de résoudre des problèmes du quotidien, mais pas n’importe lesquels ! En réalité, vous êtes coincé à 30 mètres sous l’eau sur une planète extraterrestre… c’est pas de bol ! Et tout ce qui peut assurer votre survie et votre éventuel retour sur Terre nécessite juste que vous sachiez coder et câbler des circuits. Jusqu’ici, tout va bien, sauf que ce n’est pas du tout votre job au départ et qu’il va vous falloir tout apprendre. Mais pas de panique, vous serez accompagné à distance et il n’est pas question de vous lâcher dans l’arène sans vous enseigner deux ou trois bricoles avant ! Vous aurez donc 30 jours pour réparer le bouzin qui vous sert de vaisseau, soit 30 missions et vous allez être guidé, étape par étape. Tout d’abord, il vous faudra sortir le vaisseau de l’obscurité en rallumant l’ensemble des lumières. Puis, il sera nécessaire de réparer un panneau solaire cassé afin de faire entrer quelques watts dans le système. Enfin, c’est le retour à la surface et la mise sur orbite. Sauf que cela ne s’arrête pas là, il faudra aussi défendre ensuite le navire des méchants je-ne-sais-quoi.

Tout cela me fait penser au jeu Lifeline sur mobile. C’était un jeu d’aventures textuelles dans lequel un astronaute prend contact avec nous par SMS… Assez rapidement, vous comprenez que le gars est « seul sur Mars » (ça rappelle d’autres souvenirs) et que vous êtes son seul conseiller disponible. Ainsi, vous avez sa vie entre vos mains. Tout se passe par échange de SMS et vous devez attendre la réponse entre chaque action, réponse qui peut prendre plusieurs heures. Un autre jeu, sur fond d’aventures spatiales, consiste à programmer des robots afin de coloniser plusieurs planètes. Il faut réellement écrire des programmes dans un langage proche du C++ ou du Java, car les robots n’ont pas d’intelligence propre. Cela consiste, par exemple, à scanner autour de soi à la recherche de minerais, se diriger vers celui-ci, en commencer l’extraction et revenir pour décharger la cargaison. Mais il faut également veiller à ce que les piles d’énergie ne se déchargent pas trop vite sous peine de laisser son robot en plan. Bref, un jeu qui se révèle très amusant, mais qui permet également d’apprendre la programmation. Il s’agit de Colobot pour « Colonize With Bots ».

Pour en revenir à notre kit, il y a une véritable dimension de formation qui nous permet de le classer dans la catégorie des serious games, ces jeux dits « sérieux » qui sont souvent barbants et qui ressemblent plus à des formations maquillées afin d’acquérir une dimension ludique. Réussir à rendre quelque chose d’amusant passe par un principe, celui de la gamification. Nul besoin pour cela d’insérer des mini-jeux. Cela commence par donner du pouvoir à l’utilisateur qui va incarner un rôle. Puis, on ajoute un certain nombre d’éléments participant à la motivation du joueur, la « carotte » qui fait avancer et progresser. Il faut aussi gérer un niveau de difficulté progressive avec une validation des acquis. C’est à la fois un art et une science. Je n’aurais pas prétention d’expliquer ici en quelques lignes les grands principes de la gamification, mais je voulais mettre en évidence la première difficulté que l’on rencontre quand on essaye de créer un tel produit : que le ludique ne soit pas une brique maladroitement ajoutée pour rendre une formation plus fun. Alors, je ne dis pas que c’est le cas ici, car, à l’heure où j’écris ces lignes, le kit n’est pas encore disponible. Je subodore que tout cela émane plus du domaine de l’électronique que du jeu vidéo, je ne m’attends donc pas à ce que le côté gamification soit particulièrement réussi. De même, j’aurais aimé que l’exercice correspondant à allumer une LED avec le board Hero ait sa contrepartie dans le jeu, où l’ensemble de l’éclairage du vaisseau soit rétabli. C’est peut-être le cas, ou juste symbolique.

Enfin, mon but n’était pas de vous conseiller un jeu ou une formation, mais plutôt de mener une petite réflexion sur ce type de produit dont l’offre reste encore assez timide dans l’ensemble. Le fait de disposer, au-delà de l’aspect logiciel, d’un ensemble de jouets « physiques » qui constituent, en réalité, un véritable kit de programmation, est le petit « plus » qui fait le lien avec notre dossier sur « Will Wright » (magazine n° 1) et la méthode Montessori. Will, aficionado de la robotique et cherchant à développer des « jouets » à l’intérieur de ses jeux, n’a pas franchi la frontière du virtuel qui le mène au monde réel. Avec le tout dématérialisé, on oublie qu’il est fort agréable d’avoir un bon manuel avec un jeu, une carte, voire un ensemble de goodies. Et pourquoi pas un peu d’électronique ? Et pourquoi ne pas ajouter à nos jeux tout type d’interface ou de jouet externe ayant un impact réel sur notre progression ? Voilà, c’est juste une bouteille à la mer, mais vos retours seront appréciés.

Le site web du projet : https://inventr.io/adventurekit/ 

Retrouvez cet article dans le mag #4 des Créateurs de Mondes.

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