Neuralink: la connexion neurale d’Elon Musk

Encore un pro­jet qui peut sem­bler far­felu au pre­mier abord, mais quand on sait que Musk est der­rière, cela mérite réflex­ion. On savait que la con­nex­ion neu­rale est la clé de la con­nex­ion à une matrice générale faite de réal­ité virtuelle et d’IA  — tout du moins, beau­coup l’imag­i­naient. C’est le suc­cesseur d’In­ter­net. C’est aus­si une par­tie du scé­nario de Matrix… Mais lorsqu’on s’in­téresse au sujet, on remar­que que ce n’est plus de la sci­ence-fic­tion — tout juste de l’an­tic­i­pa­tion. Qui aurait imag­iné une voiture élec­trique qui se con­duit toute seule pour cette décen­nie ? Pour­tant, aujour­d’hui, tout le monde peut con­stater que cela existe et Musk a bien par­ticipé à cette démoc­ra­ti­sa­tion. Après l’e­space (SpaceX), les voitures élec­triques (Tes­la) et le train sub­sonique (Hyper­loop), Elon Musk veut main­tenant s’in­téress­er au cerveau. La con­nex­ion neu­rale, c’est pour quand ? Bien­tôt sem­ble nous indi­quer Elon… trop vite prob­a­ble­ment.

Le progrès technologique

Les pro­grès tech­nologiques ont per­mis d’amélior­er les con­di­tions de vie de nom­breuses per­son­nes souf­frant de divers prob­lèmes de san­té, d’en­vi­ron­nement ou autre. La physique, la biolo­gie et la médecine, la géolo­gie ont vu de grandes évo­lu­tions ce dernier siè­cle. L’in­for­ma­tique suit le mou­ve­ment per­me­t­tant d’ac­célér­er les décou­vertes sur l’ensem­ble de ces domaines.

Pour Musk, les robots domineront le monde grâce à l’In­tel­li­gence arti­fi­cielle. Il a d’ailleurs par­ticipé, en 2015, à la créa­tion d’Ope­nAI dont l’objectif est de sécuris­er le développe­ment de l’intelligence arti­fi­cielle. « Si vous ne pou­vez pas bat­tre la machine, le mieux c’est d’en devenir une ! ». Bon, j’aime beau­coup Musk, mais là, ça me parait aber­rant. Bon, pas­sons… le fait est que nous sommes au bord d’une sin­gu­lar­ité tech­nologique. C’est à dire que le pro­grès est telle­ment en phase d’ac­céléra­tion, notam­ment grâce au Deep Learn­ing, mais aus­si soutenu par un économie qui le per­met actuelle­ment, que la courbe du pro­grès part en expo­nen­tiel. Et nous y sommes… à quelques décen­nies près, comme l’il­lus­tre l’im­age suiv­ante.

Ray Kurzweil en par­le depuis longtemps et il ne s’est pas fait que des amis avec cette théorie, mais tout sem­ble lui don­ner rai­son depuis quelques années. Qui l’eut cru ? On a vu la 1ère et la 2nde révo­lu­tion indus­trielle. On s’at­tendait à une troisième avec les nou­velles tech­nolo­gies… on peut même dire que l’e-busi­ness est une forme de révo­lu­tion — tout du moins de nou­velle économie. Mais cela n’a rien à voir avec ce qui se pré­pare aujour­d’hui. Bref, pas­sons sur cet aspect et revenons en à Neu­ralink.

Neuralink

Musk tra­vaille donc sur ce pro­jet d’or­di­na­teur à implanter dans le cerveau pour per­me­t­tre aux humains de s’amélior­er et de pou­voir faire face à ce change­ment.

Les inter­faces cerveau-machine (ICM) sont en cours de développe­ment dans de nom­breux lab­o­ra­toires à tra­vers le monde.

Le livre de sci­ence fic­tion Le sens du vent de Iain Banks décrivait déjà un style de “den­telle neu­rale” implantable dans le cerveau per­me­t­tant de devenir plus com­péti­tif.

Elon Musk a donc créé, en juil­let 2016, une société spé­cial­isée dans la recherche médi­cale, Neu­ralink et a recruté plusieurs chercheurs en neu­ro­science. Elle n’en est qu’au stade de recherche et n’a donc encore aucune présence publique. La tech­nolo­gie envis­agée repose sur une recherche académique de 15 ans qui a été financée par le NIH et la DARPA. Le but, dans 4 à 5 ans, serait d’installer un ordi­na­teur minia­tur­isé dans le cerveau humain et de l’interconnecter avec ce dernier.

Les travaux sont con­duits par le pro­fesseur Charles Lieber et le pro­fesseur Mark Hyman de l’université de Har­vard, ils ont com­mencé en 2000 grâce à l’élab­o­ra­tion de nou­veaux dis­posi­tifs nanoélec­tron­iques à base de fils nanométriques (“lacets neu­ronaux) sur une plate-forme à puce. Ils ont ensuite repris les travaux exis­tants relat­ifs à la cul­tures de cel­lules à des fins de trans­plan­ta­tion pour dévelop­per leur échafaudage per­me­t­tant l’im­bri­ca­tion et le développe­ment des cel­lules. Tim­o­thy Gard­ner, pro­fesseur de Boston Uni­ver­si­ty con­nu pour son implan­ta­tion d’élec­trodes minia­tures dans les cerveaux d’oiseaux afin d’é­tudi­er leur proces­sus d’ap­pren­tis­sage de chan­sons, fait égale­ment par­tie de l’équipe.

Les ordi­na­teurs seraient con­sti­tués d’un mail­lage poreux que l’on insère par injec­tion dans une struc­ture biologique ou même syn­thé­tique. L’élec­tron­ique flex­i­ble injec­tée se déplie alors ultérieure­ment dans le corps. Le mode d’in­jec­tion actuelle­ment util­isé se fait sans créer de dom­mage. La struc­ture tis­su­laire du cerveau recou­vre les pores, ce qui per­met de ren­dre l’ensem­ble cerveau-ordi­na­teur homogène.

Une des dif­fi­cultés a con­sisté à éviter les réac­tions du sys­tème immu­ni­taire, pour avoir un implant par­faite­ment inté­gré à la struc­ture tis­su­laire du cerveau, qui com­mu­nique par­faite­ment avec ses neu­rones. Le cerveau se développe autour de la “den­telle neu­rale” créée et l’in­ter­péné­tra­tion met en place une struc­ture 3D.

Des tests ont été réal­isés sur des souris avec des enreg­istrements des neu­rones sur 8 mois. Ces résul­tats reposent sur la puis­sance de l’analyse infor­ma­tique ou du sig­nal à l’ex­térieur du cerveau.

Grâce à la fan­tas­tique plas­tic­ité du cerveau, il a été con­staté que l’in­flux nerveux pro­duit par les pro­thès­es peut, après un temps d’adap­ta­tion, être traité comme un influx naturel.

Notons aus­si la per­cée sci­en­tifique majeure sur­v­enue en Suisse en févri­er dernier, lorsqu’un cen­tre de recherche est par­venu à com­mu­ni­quer pour la pre­mière fois avec des patients totale­ment paralysés par le biais d’une inter­face ordi­na­teur-cerveau.

Com­prenons-nous bien: il s’ag­it de la créa­tion d’une « 3ième couche numérique » qui viendrait com­pléter le sys­tème lim­bique et le cor­tex et fonc­tion­nerait en sym­biose avec notre cerveau. Cette couche, qui serait super­posée au cor­tex, est ce qu’il appelle le « neur­al lace » (terme pop­u­lar­isé par l’au­teur de sci­ence-fic­tion Ian M. Banks), une inter­face cérébrale directe qui prendrait la forme d’un mail­lage très fin, une sorte de den­telle reliée au sys­tème vas­cu­laire cérébral qui ali­mente les neu­rones.

Les appli­ca­tions pos­si­bles:

  • stim­uler un réseau de neu­rones vieil­lis­sant ou subis­sant des patholo­gies neu­rodégénéra­tives (mal­adie d’Alzheimer, la SLA ‑sclérose latérale amy­otrophique ou mal­adie de Charcot‑, la mal­adie de Parkin­son, épilep­sie…),
  • soulager les dépres­sifs aigus, l’obésité et l’anorex­ie,
  • boost­er les fac­ultés cog­ni­tives de per­son­nes âgées ou d’autres le néces­si­tant,
  • trou­ver une solu­tion aux prob­lèmes des hand­i­capés moteurs par le con­trôle de pro­thès­es, allant jusqu’au patient atteint du du locked-in syn­drome qui pour­rait con­trôler un exosquelette total par la pen­sée,
  • aug­menter la force et la puis­sance physique de l’hu­main,
  • restau­ra­tion de l’ouïe, la vue ou éten­dre ces fac­ultés: la pro­thèse rétini­enne Argus II réal­isée par la société cal­i­forni­enne Sec­ond Sight, a déjà été implan­tée chez des patients malvoy­ants leur per­me­t­tant de retrou­ver un sem­blant de vue par l’in­ter­mé­di­aire des images générées par l’or­di­na­teur, ce n’est qu’une suite logique de ces avancées.
  • pren­dre le con­trôle d’un véhicule, d’autres sys­tèmes à dis­tance,
  • aug­menter la mémoire,
  • appren­tis­sage accéléré,
  • repro­gram­mer notre code neur­al,
  • les jeux vidéo.…

De nom­breux autres lab­o­ra­toires et sociétés avan­cent sur ces recherch­es dont la DARPA pour amélior­er les sol­dats, Face­book et son pro­jet Build­ing 8 et Ker­nel crée par Bryan John­son.

Elon Musk nous indique une annonce à venir sur ses dernières trou­vailles sur le site http://waitbutwhy.com/.

Pour Musk, nous sommes déjà des cyborgs car une par­tie de nous-même est pro­jetée sous forme numérique via l’in­for­ma­tique, les ter­minaux mobiles et l’In­ter­net. La lim­ite de cette inter­ac­tion se situe au niveau de l’in­ter­face entrée-sor­tie, c’est-à-dire notre capac­ité à recevoir et émet­tre des vol­umes d’in­for­ma­tions à grande vitesse.   Par­tant de là, une telle inter­face neu­ronale nous aiderait à ne pas nous laiss­er dépass­er par le développe­ment de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle en aug­men­tant nos capac­ités intel­lectuelles à volon­té.

Ma conclusion

Je reste très partagé sur cette recherche. Je suis très attaché au pro­grès tech­nologique et je fais par­tie de ces gens qui pensent que le pro­grès peut-être freiné, mais jamais arrêté (sauf cat­a­stro­phe bien enten­du). De fait, il vaut mieux prévoir et adapter nos sociétés à ces change­ments, étudi­er com­ment en tir­er le meilleur et com­ment éviter le pire égale­ment. Mais je pense que met­tre la tête dans le sable ou vouloir inter­dire est une stu­pid­ité sans nom.

Pour­tant, je reste très réservé sur cette recherche… ces implants ne pour­ront prob­a­ble­ment jamais être retirés. Jusqu’à aujour­d’hui, certes on par­ticipe à la dégénéres­cence de l’e­spèce sur un plan géné­tique puisqu’on a stop­pé la sélec­tion naturelle avec notre mode de vie sociale et notre médecine. De fait, nous avons déjà com­mencé à peser sur l’évo­lu­tion de l’hu­man­ité. Mais l’in­ter­con­nex­ion avec d’autres sys­tèmes qui seront rapi­de­ment intel­li­gents… c’est vrai­ment un saut dans l’in­con­nu. D’une part, nous sommes des êtres doués d’une capac­ité de réflex­ion ana­ly­tique — c’est cette dernière qui nous fait penser qu’un tri­somique devrait être avorté avant la nais­sance, qu’une per­son­ne arrivée en âge de ne plus “pro­duire” devrait finir en farine ani­male… vous m’avez com­pris — et nous sommes aus­si dotés d’é­mo­tions. C’est notre part ani­male, pour le meilleur et pour le pire, puisque nous devons aus­si notre vio­lence naturelle à cette part. Mais c’est aus­si celle qui fait qu’on a envie de s’oc­cu­per des per­son­nes âgées, de soutenir les chômeurs et de respecter la vie, même si des per­son­nes devi­en­nent des charges “économiques” pour notre société. Que va t‑il rester de nos “émo­tions” si nous fusion­nons avec le sil­i­cone ? Les recherch­es en psy­ch­analyse date du siè­cle dernier… on ne con­nait que peu l’e­sprit humain. Là, nous allons le con­necter avec des ressources plus impor­tantes. Cela me rap­pelle “planète inter­dite” où les êtres humains se bran­chaient à une machine qui leur don­nait accès à des ressources plus impor­tantes, mais qui aus­si réveil­lait “les mon­stres de l’Ide”, cette part d’om­bre incon­sciente qui elle aus­si accé­dait à ces ressources.

Bref, éten­dre la mémoire… oui, pourquoi pas. Surfer automa­tique­ment sur Inter­net… y‑a du dan­ger à être piraté ou forte­ment influ­encé déjà… il va fal­loir forte­ment encadr­er ces recherch­es. Elles ont un poten­tiel très impor­tant pour l’évo­lu­tion de l’hu­man­ité, mais elle représen­tent égale­ment un risque très dif­fi­cile à appréci­er.

Il sem­ble que c’est la solu­tion prin­ci­pale que Musk envis­age pour lut­ter con­tre l’In­tel­li­gence Arti­fi­cielle. Il a même déclaré qu’il con­sid­érait l’intelligence arti­fi­cielle plus dan­gereuse que la bombe atom­ique.

Déjà, qu’on pense déjà à “Lut­ter” pose en soi un prob­lème. L’IA devrait être au ser­vice de l’homme. On imag­ine déjà une IA à la ressem­blance de l’homme, avec des désir, une volon­té de con­quête, etc…  Parce que jusqu’à aujour­d’hui, la plu­part des auteurs de SF pen­saient que l’homme allait être l’au­teur d’une IA… mais ce n’est pas le cas aujour­d’hui. Les IA actuelles se dévelop­pent toutes seules, autour d’un thème par­ti­c­uli­er certes, mais on ne les pro­gramme pas vrai­ment ou peu. Et on le fera de moins en moins. Nous ne faisons qu’as­sis­ter et jouer un rôle mineur dans l’avène­ment d’une nou­velle espèce. Il y a de la place pour tout le monde, les machines n’au­ront pas à nous asservir, tout comme nous n’avons que faire d’asservir des bac­téries qu’on décou­vri­rait sur une planète quel­conque. Bon, on s’ap­proche plus d’une croy­ance que d’une réflex­ion sci­en­tifique, mais c’est du même niveau que de penser qu’il faut lut­ter con­tre l’IA. Ca n’a que peu de sens et c’est con­tre pro­duc­tif, à mon avis, de com­mu­nique en ce sens aujour­d’hui. Je me demande d’ailleurs si les grands indus­triels ne jouent pas avec les peurs de gens pour con­serv­er un avan­tage con­cur­ren­tiel le plus longtemps pos­si­ble, freinant publique­ment l’IA pour la dévelop­per en secret. Je ne sais pas, je dois me faire un film car il y a énor­mé­ment d’Open Source et que tout le monde sem­ble fon­cer vers le Deep Learn­ing. Tout cela mérite réflex­ion.

Si vous ne con­nais­sez pas le film “passé virtuel”, je vous invite égale­ment à le décou­vrir. Il y a aus­si le film “Le cobaye” où le héro voit ses capac­ités cog­ni­tives aug­menter jusqu’à ne plus être humain. Voir aus­si la page wikipé­dia “Inter­face Neu­ronale Directe”.

Arti­cle co-écrit avec Nori­na. Si vous aus­si voulez pub­liez sur ce blog, ou co-écrire un arti­cle avec moi, n’hésitez pas à me con­tac­ter.

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